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dimanche 15 mars 2026

 










Dictionnaire Le Robert: le luxe, dépense excessive


Emilie Roffidal, chercheuse au CNRS :

« [Au 18ème siècle] les ouvrages, les revues littéraires, mais également les concours académiques placent le luxe au centre de leurs préoccupations et témoignent de l’existence d’un répertoire commun de références et de citations extraites, voire expurgées, des grands philosophes des Lumières ». 

Dans le Dictionnaire de philosophie, Voltaire à propos de Rousseau :

« Si l'on entend par luxe tout ce qui est au-delà du nécessaire, le luxe est une suite naturelle des progrès de l'espèce humaine ; et, pour raisonner conséquemment, tout ennemi du luxe doit croire avec Rousseau que l'état de bonheur et de vertu pour l'homme est celui, non de sauvage, mais d'orang-outang ».  


Perruques enfarinées, paysans affamés 

 Contrairement à aujourd’hui, la querelle autour du bienfondé du luxe faisait rage, à un point tel que Voltaire avait été jusqu’à demander la peine capitale pour Rousseau qui, prenant la défense du peuple, parlait de perruques enfarinées et de paysans affamés :

« Il faut de la poudre à nos perruques ; voilà pourquoi tant de pauvres n'ont point de pain […] si le luxe nourrit cent pauvres dans nos villes, et en fait périr cent mille dans nos campagnes […] Le luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres : mais, s'il n'y avait point de luxe, il n'y aurait point de pauvres. »

Pastichant Rousseau, on pourrait dire : Le luxe peut être nécessaire pour créer des emplois, mais, s’il n’y avait pas d’emplois, il n’y aurait point d’enrichis, point d’appauvris. Il y aurait abondance de métiers pour servir le bien commun, mais pas d’emplois, forçant un peuple à satisfaire des désirs somptuaires.


En 1782, Sébastien Lemercier estime qu'au moins "dix mille infortunés" auraient pu être nourris tous les jours avec toutes ces quantités de farine destinées aux perruques. Il dénonce dans son « Tableau de Paris », « l’homme de luxe ». Il appelle à le faire comparaître « au tribunal de l’humanité ». 

En France, la comtesse de Matignon payait à son coiffeur Baulard, 24.000 livres par an, pour lui faire un nouveau dessin de perruque, chaque jour de la semaine. Malgré les famines, on continua de saupoudrer les perruques, de farine.


Montesquieu dans « L’esprit des lois »:

 « Le luxe est toujours en proportion avec l’inégalité des fortunes. Si, dans un état, les richesses sont également partagées, il n’y aura point de luxe ; car il n’est fondé que sur les commodités, qu’on se donne par le travail des autres.

 Pour que les richesses restent également partagées, il faut que la loi ne donne à chacun, que le nécessaire physique. Si l’on a au-delà, les uns dépenseront, les autres acquerront, et l’inégalité s’établira […], moins il y a de luxe dans une République, plus elle est parfaite. Les lois du nouveau partage des champs, demandées avec tant d’instance dans quelques Républiques, étaient salutaires par leur nature […] ».


D’un côté, Voltaire, dans l’apologie du « superflu, chose si nécessaire", de l’autre, Rousseau dénonçant :

 "Le luxe [qui] corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'Etat, tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion […] Le luxe est diamétralement opposé aux bonnes mœurs"

Yves Vargas, philosophe, spécialiste de Rousseau :

« Les riches consomment par désir ce que les pauvres fabriquent par besoin » 

Au 18ème siècle, les tenants du capitalisme ne mâchaient pas leurs mots, ils parlaient de la société de luxe. Voltaire comme Mandeville défendaient l’industrie du luxe sans laquelle, nul n’aurait d’emploi. 

Que chacun reste à sa place et les privilèges seront garantis !

A l’inverse, pour l’économiste David Ricardo, salaires et profits s’opposent. 

Michel de Montaigne, dans les Essais :

« Il ne se fait aucun profit qu’au dommage d’autrui » :

Personne ne doit s’enrichir au détriment d’autrui :

Mandeville et Voltaire disaient vrai, pour qu’une minorité vive dans le luxe, le peuple doit travailler. Leur modèle : Athènes, 30 000 citoyens se livrant au plaisir de vivre dans le confort matériel et culturel, aux dépens de 270 000 esclaves, femmes et métèques, sans aucun droit. 

Excepté Rousseau, les philosophes des Lumières défendent « une théorie juste pour un monde injuste ».  

L’amour propre cherche à tout prix, l’admiration des autres, quoiqu’il en coûte aux ouvriers, aux paysans, qui directement ou indirectement travailleront la plus grande partie de leur vie gratuitement pour les privilégiés. 

Voltaire n’avait que mépris pour le peuple, « des gueux ignorants », quant à Rousseau, il se rangeait délibérément à leurs côtés :

« Qu'on ajoute à tout cela, cette quantité de métiers malsains qui abrègent les jours ou détruisent le tempérament ; tels que sont les travaux des mines, les diverses préparations des métaux, des minéraux, surtout du plomb, d



u cuivre, du mercure, du cobalt, de l'arsenic, du réalgar ; ces autres métiers périlleux qui coûtent tous les jours la vie à quantité d'ouvriers, les uns couvreurs, d'autres charpentiers, d'autres maçons, d'autres travaillant aux carrières ; qu'on réunisse, dis-je, tous ces objets, et l'on pourra voir dans l'établissement et la perfection des sociétés, les raisons de la diminution de l'espèce, observée par plus d'un philosophe.

Le luxe, impossible à prévenir chez des hommes avides de leurs propres commodités et de la considération des autres, achève bientôt le mal que les sociétés ont commencé […] Le luxe est un remède beaucoup pire que le mal qu'il prétend guérir ; ou plutôt, il est lui-même le pire de tous les maux, […] [ le luxe], pour nourrir des foules de valets et de misérables qu'il a faits, accable et ruine le laboureur et le citoyen. Semblable à ces vents brûlants du midi qui, couvrant l'herbe et la verdure d'insectes dévorants, ôtent la subsistance aux animaux utiles et portent la disette et la mort dans tous les lieux où ils se font sentir […]

 Le cultivateur, méprisé, chargé d'impôts nécessaires à l'entretien du luxe et condamné à passer sa vie entre le travail et la faim, abandonne ses champs, pour aller chercher dans les villes le pain qu'il y devrait porter. 

Plus les capitales frappent d'admiration, les yeux stupides du peuple, plus il faudrait gémir de voir les campagnes abandonnées, les terres en friche, et les grands chemins, inondés de malheureux citoyens devenus mendiants ou voleurs et destinés à finir un jour leur misère sur la roue ou sur un fumier ». 

 

L’économie du désir aux dépens des besoins du peuple. Si les besoins du corps ont une limite, l’imagination n’en a pas.

L’estomac de l’enrichi rassasié de nourriture doit se reposer. Par contre, le désir obsessionnel, relevant de l’immatériel, par essence illimité, ne connaît aucune contrainte. 

L’ennui, c’est que la satisfaction de ce désir d’ordre immatériel exige une accumulation sans fin de biens matériels, en contradiction avec les ressources de la terre qui par nature, sont non renouvelables dans l’immédiat. Ressources limitées qu’il nous faudrait économiser au nom des générations à venir.

Pour Mandeville, ce qui fait la grandeur d’une nation, c’est la formidable capacité des enrichis à vouloir s’enrichir toujours plus, entraînés dans une course sans fin, dans le dépassement de celui qui précède. 

Le marché capitaliste pour Rousseau repose avant tout sur l’imaginaire. D’ailleurs, dans sa Lettre aux Polonais, le philosophe conseille ironiquement, aux habitants de la Pologne que s’ils veulent être reconnus en Europe, ils doivent développer le commerce et le luxe !

vendredi 29 décembre 2023


Voltaire, Rousseau
La querelle du luxe

par Alain Vidal



 

Dictionnaire Le Robert, le luxe:

"mode de vie caractérisé par de grandes dépenses consacrées au superflu"


Emilie Roffidal, chercheuse au CNRS :

« [Au 18ème siècle] les ouvrages, les revues littéraires, mais également les concours académiques placent le luxe au centre de leurs préoccupations et témoignent de l’existence d’un répertoire commun de références et de citations extraites, voire expurgées, des grands philosophes des Lumières ». 

Dans le Dictionnaire de philosophie, Voltaire à propos de Rousseau :

« Si l'on entend par luxe tout ce qui est au-delà du nécessaire, le luxe est une suite naturelle des progrès de l'espèce humaine ; et, pour raisonner conséquemment, tout ennemi du luxe doit croire avec Rousseau que l'état de bonheur et de vertu pour l'homme est celui, non de sauvage, mais d'orang-outang ».  

Perruques enfarinées, paysans affamés 

 Contrairement à aujourd’hui, la querelle autour du bienfondé du luxe faisait rage, à un point tel que Voltaire avait été jusqu’à demander la peine capitale pour Rousseau qui, prenant la défense du peuple, parlait de perruques enfarinées et de paysans affamés :

« Il faut de la poudre à nos perruques ; voilà pourquoi tant de pauvres n'ont point de pain […] si le luxe nourrit cent pauvres dans nos villes, et en fait périr cent mille dans nos campagnes […] Le luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres : mais, s'il n'y avait point de luxe, il n'y aurait point de pauvres. »

Pastichant Rousseau, on pourrait dire : Le luxe peut être nécessaire pour créer des emplois, mais, s’il n’y avait pas d’emplois, il n’y aurait point d’enrichis, point d’appauvris. Il y aurait abondance de métiers pour servir le bien commun, mais pas d’emplois, forçant un peuple à satisfaire des désirs somptuaires.


En 1782, Sébastien Lemercier estime qu'au moins "dix mille infortunés" auraient pu être nourris tous les jours avec toutes ces quantités de farine destinées aux perruques. Il dénonce dans son « Tableau de Paris », « l’homme de luxe ». Il appelle à le faire comparaître « au tribunal de l’humanité ». 

En France, la comtesse de Matignon payait à son coiffeur Baulard, 24.000 livres par an, pour lui faire un nouveau dessin de perruque, chaque jour de la semaine. Malgré les famines, on continua de saupoudrer les perruques, de farine.


Montesquieu dans « L’esprit des lois »:

 « Le luxe est toujours en proportion avec l’inégalité des fortunes. Si, dans un état, les richesses sont également partagées, il n’y aura point de luxe ; car il n’est fondé que sur les commodités, qu’on se donne par le travail des autres.

 Pour que les richesses restent également partagées, il faut que la loi ne donne à chacun, que le nécessaire physique. Si l’on a au-delà, les uns dépenseront, les autres acquerront, et l’inégalité s’établira […], moins il y a de luxe dans une République, plus elle est parfaite. Les lois du nouveau partage des champs, demandées avec tant d’instance dans quelques Républiques, étaient salutaires par leur nature […] ».

D’un côté, Voltaire, dans l’apologie du « superflu, chose si nécessaire", de l’autre, Rousseau dénonçant :

 "Le luxe [qui] corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'Etat, tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion […] Le luxe est diamétralement opposé aux bonnes mœurs"

Yves Vargas, philosophe, spécialiste de Rousseau :

« Les riches consomment par désir ce que les pauvres fabriquent par besoin » 

Au 18ème siècle, les tenants du capitalisme ne mâchaient pas leurs mots, ils parlaient de la société de luxe. Voltaire comme Mandeville défendaient l’industrie du luxe sans laquelle, nul n’aurait d’emploi. 

Que chacun reste à sa place et les privilèges seront garantis !

A l’inverse, pour l’économiste David Ricardo, salaires et profits s’opposent. 


Michel de Montaigne, dans les Essais :



« Il ne se fait aucun profit qu’au dommage d’autrui » 

Personne ne doit s’enrichir au détriment d’autrui :

Mandeville et Voltaire disaient vrai, pour qu’une minorité vive dans le luxe, le peuple doit travailler. Leur modèle : Athènes, 30 000 citoyens se livrant au plaisir de vivre dans le confort matériel et culturel, aux dépens de 270 000 esclaves, femmes et métèques, sans aucun droit. 

Excepté Rousseau, les philosophes des Lumières défendent « une théorie juste pour un monde injuste ».  

L’amour propre cherche à tout prix, l’admiration des autres, quoiqu’il en coûte aux ouvriers, aux paysans, qui directement ou indirectement travailleront la plus grande partie de leur vie gratuitement pour les privilégiés. 

Voltaire n’avait que mépris pour le peuple, « des gueux ignorants », quant à Rousseau, il se rangeait délibérément à leurs côtés :

« Qu'on ajoute à tout cela, cette quantité de métiers malsains qui abrègent les jours ou détruisent le tempérament ; tels que sont les travaux des mines, les diverses préparations des métaux, des minéraux, surtout du plomb, du cuivre, du mercure, du cobalt, de l'arsenic, du réalgar ; ces autres métiers périlleux qui coûtent tous les jours la vie à quantité d'ouvriers, les uns couvreurs, d'autres charpentiers, d'autres maçons, d'autres travaillant aux carrières ; qu'on réunisse, dis-je, tous ces objets, et l'on pourra voir dans l'établissement et la perfection des sociétés, les raisons de la diminution de l'espèce, observée par plus d'un philosophe.

Le luxe, impossible à prévenir chez des hommes avides de leurs propres commodités et de la considération des autres, achève bientôt le mal que les sociétés ont commencé […] Le luxe est un remède beaucoup pire que le mal qu'il prétend guérir ; ou plutôt, il est lui-même le pire de tous les maux, […] [ le luxe], pour nourrir des foules de valets et de misérables qu'il a faits, accable et ruine le laboureur et le citoyen. Semblable à ces vents brûlants du midi qui, couvrant l'herbe et la verdure d'insectes dévorants, ôtent la subsistance aux animaux utiles et portent la disette et la mort dans tous les lieux où ils se font sentir […]

 Le cultivateur, méprisé, chargé d'impôts nécessaires à l'entretien du luxe et condamné à passer sa vie entre le travail et la faim, abandonne ses champs, pour aller chercher dans les villes le pain qu'il y devrait porter. 

Plus les capitales frappent d'admiration, les yeux stupides du peuple, plus il faudrait gémir de voir les campagnes abandonnées, les terres en friche, et les grands chemins, inondés de malheureux citoyens devenus mendiants ou voleurs et destinés à finir un jour leur misère sur la roue ou sur un fumier ». 

 

L’économie du désir aux dépens des besoins du peuple.

Si les besoins du corps ont une limite, l’imagination n’en a pas.

L’estomac de l’enrichi rassasié de nourriture doit se reposer. Par contre, le désir obsessionnel, relevant de l’immatériel, par essence illimité, ne connaît aucune contrainte. 

L’ennui, c’est que la satisfaction de ce désir d’ordre immatériel exige une accumulation sans fin de biens matériels, en contradiction avec les ressources de la terre qui par nature, sont non renouvelables dans l’immédiat. Ressources limitées qu’il nous faudrait économiser au nom des générations à venir.

Pour Mandeville, ce qui fait la grandeur d’une nation, c’est la formidable capacité des enrichis à vouloir s’enrichir toujours plus, entraînés dans une course sans fin, dans le dépassement de celui qui précède. 

Le marché capitaliste pour Rousseau repose avant tout sur l’imaginaire. D’ailleurs, dans sa Lettre aux Polonais, le philosophe conseille ironiquement, aux habitants de la Pologne que s’ils veulent être reconnus en Europe, ils doivent développer le commerce et le luxe !


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mardi 28 février 2023


MALADIES ORPHELINES

OU

 LA VALEUR TRAVAIL 

CONTRE L’INTERET GENERAL

 

Par Alain Vidal

 


 Ce qui vaut pour les maladies rares l’est tout autant pour la satisfaction des besoins fondamentaux des populations.

A Nantes dans ma classe de CM1, une petite fille était atteinte d’une maladie, orpheline, le syndrome de Crigler-Najjar, maladie génétique du foie, qui se caractérise par l'accumulation anormale de bilirubine dans l'organisme. D’où un teint jaunâtre permanent évoquant une jaunisse.

Souvent absente, elle devait rester allongée dans un lit, nue sous des lampes à lumière bleue spéciale. Elle ne pouvait jamais rester dormir chez des amis, encore moins partir en vacances

Pour son enfant atteint de la même maladie, un ingénieur américain avait conçu un lit pliable et transportable. Aucune entreprise n’était preneuse pour le commercialiser, la rentabilité étant nulle avec dans le monde quelques centaines seulement de cas dont 20 en France…

Pour pallier à ce manque, j’ai organisé une collecte. Les enfants, les parents de l’école y ont participé, ainsi que les commerçants du quartier. Grâce à la somme réunie, cette enfant a retrouvé une certaine autonomie, tout à la joie de pouvoir aller à des anniversaires et d’effectuer des séjours prolongés au bord de la mer, grâce à ce lit qui l’accompagnait partout.

Avec une monnaie non circulante alignée sur ces véritables richesses que sont les matières premières offertes gratuitement par notre planète, pour la fabrication de notre environnement physique, les maladies orphelines…de chercheurs et de traitements, ne le seraient plus.

Plutôt qu’une monnaie non circulante alignée sur les espaces bio-productifs, sources de toute vie, l’économie de marché nous impose une monnaie bancaire.

Une monnaie (alignée sur le temps de travail) représente une mesure des richesses limitant dangereusement la satisfaction des besoins fondamentaux de l’humanité. Une mesure qui permet d’échanger une partie des productions destinées à la consommation populaire, contre des productions réservées aux revenus supérieurs.

Comme il est impossible d’échanger en unité de masse, des   pommes de terre contre des diamants, le temps, est le seul équivalent universel de l’économie de marché. Et ce, depuis l’édification du premier Etat, fondé sur l’économie de marché exigeant l’inégalité des revenus, il y a 5000 ans, en Mésopotamie.

Avec le remplacement des hommes par les machines, les prix baissent par unité de marchandises, de par la réduction du   travail humain. Le progrès technologique entre les mains d’une minorité de propriétaires de moyens de production, sert avant tout à gagner des marchés. Cependant, pour compenser la perte de profit par unité, on augmente le volume de la production. Si bien que pour une même valeur marchande, pour un même profit, à quelques années de distance, on gaspille davantage de matières premières et d’énergies fossiles.   

  La priorité du marché étant le profit, si une production n’est pas suffisamment rentable, des besoins fondamentaux ne seront pas satisfaits alors même que l’écosystème pourrait y répondre.  

 Le moins cher pour le consommateur « coûte très cher » à la planète, avec pour conséquences : déforestation, engrais chimiques, pollution, crise climatique, montée des eaux, maladies, épidémies et accroissement exponentiel des maladies émergentes.

La lutte au sommet pour la plus grande fortune épuise les hommes et les sols.

En France, plus 3 millions de maladies rares, mais très peu de cas par maladies. Par contre, le marché du cancer est très florissant. Rien que le cancer des poumons, 46363 nouveaux cas diagnostiqués en 2018.

 Institut Curie :

 « La lutte contre le cancer du poumon est un enjeu majeur de santé publique et une priorité ».

Pauline du Rusquec, onco-pneumologue :

 « Prévention, dépistage organisé, innovation… nous devons nous mobiliser sur tous les fronts contre le cancer du poumon, particulièrement meurtrier. Ces dernières années, grâce aux thérapies ciblées, à l’immunothérapie, mais aussi à l’arrivée de nouvelles classes thérapeutiques… la recherche a fait des progrès majeurs. Les résultats prometteurs s’apprêtent à transformer la prise en charge et à changer véritablement la donne pour les patients atteints de cancer du poumon. »

Cependant, en 2016, la campagne de l’ONG Médecins du Monde, contre la cherté des médicaments sera interdite d’affichage public par l’autorité professionnelle de régulation de la publicité (ARPP), jugeant cette action nuisible aux laboratoires pharmaceutiques. On le comprend à la lecture des affiches prévues pour la campagne :

 « Bien placé, un cancer peut rapporter jusqu'à 120 000 € »

« Le cholestérol, un placement à forte rentabilité et garanti sans risque »

« Avec l’immobilier et le pétrole, quel est l’un des marchés les plus rentables ? la maladie »

« Le cancer du sein, plus il est avancé, plus il est lucratif »

« Chaque année en France, le cancer rapporte 2,4 milliards d’euros »

« Seul 1% des français peut se permettre d’avoir une hépatite C »

« 1 milliard d’euros de bénéfice, l’hépatite C, on en vit très bien »

On comprend mieux que ces pathologies fassent l’objet d’une « recherche clinique dynamique et encourageante » pour les patients, certes, mais avant tout et surtout pour les super profits qu’engrangent les multinationales de la santé.

A l’inverse, on ne peut que constater le peu de recherches concernant les maladies rares marquées du sceau infâme de la non rentabilité... 

N’étant pas un facteur de croissance du PIB, la lutte contre les maladies rares n’est pas un enjeu national et encore moins une priorité car elle  n’entraîne pas un accroissement de richesses marchandes, richesses permettant à une infime minorité de la population française, très exactement, 65 milliardaires de s’offrir yachts et jets privés, des suites somptuaires à l’année dans les plus grands palaces, pendant que ceux atteints de maladies rares et leurs aidants, souffrent au quotidien de l’indifférence des ultra riches. Une indifférence qui confine au mépris.

L’enrichissement, la possession de biens matériels onéreux, le recours sur une très grande échelle, aux services à la personne (chauffeur, secrétaire particulier, cuisinier…), font partie du code génétique de ceux qui recherchent la respectabilité et les honneurs.

Dans tous les Etats, le pourcentage d’ultra-riches décorés pour service rendus au pays, est considérable, légion d’honneur et autres signes du devoir accompli !  Et pour cause, cette richesse marchande produite par les premiers de corvées, alimente généreusement par l’impôt, les revenus des grands décideurs politiques du sommet de la pyramide étatique : ministres, présidents, sans oublier les hauts fonctionnaires et leur droit au pantouflage. Des revenus qui peuvent atteindre, en comptant les privilèges qui s’y rattachent, des dizaines de milliers d’euros mensuels.  Pour eux, pas d’attente de plusieurs heures aux urgences… Leur situation leur permettant d’être admis à l’hôpital américain de Neuilly ou encore, à celui du Val de grâce réservé aux personnalités.

Pour ces gens-là, des pensions de retraites dorées supérieures à 10 000 euros mensuels…Pour eux, pas de syndrome musculo-squelettiques et autres syndromes spécifiques, caractérisant les métiers aux activités répétitives effectuées par ceux qui touchent des pensions misérables.

S’insurger contre le prix des médicaments, comme l’a fait Médecins du Monde, c’est très bien, à la condition d’aller voir ce qui se cache derrière le prix. On y découvrira une fausse marchandise : la connaissance. L’économie de la connaissance, ça n’existe pas !

En effet, la cherté d’un traitement, correspond essentiellement aux coûts liés aux activités tertiaires : recherche, publicité, communication, lobbying. Autant d’activités n’exigeant aucune dépense en termes de ressources planétaires. Aucune dépense, puisque relevant d’activités spécifiques à l’atelier cérébral, domaine privilégié des productions immatérielles non mesurables, à l’inverse des biens physiques !

Les services dits marchands transforment le gratuit en payant. Quand on vend un bien matériel, on ne l'a plus. Quand « on vend » un bien immatériel, « le vendeur » le conserve. En réalité, le bien immatériel a été transmis sans que le transmetteur ne le perde. Bien que complémentaires et indispensables l’une à l’autre, mais sans aucune caractéristique commune, les créations cérébrales et les productions manuelles ne peuvent s’échanger.

L’instauration de la monnaie non circulante inaugurerait le passage d’une société en mode Microsoft à une société en mode Linux.

Savoirs et savoir-faire, informations, inventions, procédés technologiques…sortant de l’atelier cérébral, circulant librement alimenteraient une intelligence collective, condition première du rééquilibrage des relations humaines. Les Terriens seraient reconnus dès leur naissance et jusqu’à leur mort, dans une égale dignité. Ni supérieurs, ni inférieurs.

L’éboueur ne pouvant se passer de l’ingénieur et vice versa, nous serions tous coopérateurs. Nous retrouverions une motivation au travail bien fait, au travail d’intérêt général au nom du bien commun.

La crise socio-écologique est due à une monnaie circulante par nature antisociale et anti écologique, une monnaie légalisant l’appauvrissement pour l’enrichissement bien au-delà des besoins fondamentaux. Au grand bénéfice d’une élite addicte au luxe, cette   esthétique de la domination, cette esthétique anti éthique…

Nos technologies font que machines et robots remplacent des centaines, des milliers de travailleurs, de l’ouvrier à l’ingénieur. La valeur travail tant vantée comme unique source des richesses est une imposture. Pour les produits de consommation courante, le travail humain n’existe qu’à dose infinitésimale.

La monnaie non circulante s’annulant à l’obtention du produit désiré, respecterait les hommes et les sols. Le temps économisé par le remplacement des travailleurs par les machines et robots, ne renverrait personne à la case chômage.

Ce temps si précieux serait massivement déversé dans les services : santé, instruction, alimentation, transport…

La recherche ferait un bon extraordinaire, les chercheurs, ne perdaient plus 80% de leur temps à monter des dossiers de financement.

Chacun disposerait, de la naissance à la mort, d’un revenu de 1,6 hectares de surfaces bio productives destinées à nos besoins physiques. Un revenu prélevé sur un budget-Terre de 12 milliards d’hectares bioproductifs. Surface d’où proviennent tous nos biens matériels de nos sphères personnelles et professionnelles. Quant aux services, les activités du tertiaire relevant de l’immatériel sans destruction-transformation de matières premières, ils seront accessible sans carte verte.

Dans les magasins, pour chaque acquisition de biens matériels, le montant serait automatiquement annulé sur une carte verte alimentée chaque année en monnaie-Terre.

Les 10% les plus fortunés de la planète sont responsables de 50% des émissions carbone. Par contre, pour les 50% les plus pauvres, la responsabilité n’est que de 10%.  Comme, les scientifiques le constatent, la surconsommation sans limite de 800 millions n’est possible que dans la sous consommation chronique de la moitié appauvrie, c’est-à-dire, 4 milliards d’’êtres humains !

 Pas question que certains aient le droit de polluer aux dépens d’autrui, ce qui exige l’égalité des revenus. Revenu ne dépassant pas 2 tonnes de CO2 par an et par personne.  C’est la seule et unique condition au retour à la neutralité carbone.

Pour l’humanité, en termes de décès prématurés, les émissions de gaz à effet de serre représentent le premier facteur. Chaque année, depuis fort longtemps, le bilan ne cesse de s’alourdir, l’an dernier, 9 millions de victimes dans le monde, principalement de maladies cardio-vasculaires…en France, 100 000, en Europe, environ 1 million.

Morale :

la pollution augmentant avec le revenu, plus on consomme, plus on pollue, plus on tue. A savoir que, l’empreinte carbone moyenne d’un Français est de 5 tonnes de CO2 par an (source : Agence internationale de l’Energie 2017).

La monnaie-Terre non circulante de mains en mains, annoncerait l’avènement de la démocratie, la vraie, dans le respect des hommes et des écosystèmes, dans le respect des besoins fondamentaux, avec pour seul fil à plomb, la prise en compte des limites de la biocapacité des écosystèmes et la prospérité pour chacun.

Dégradés par l’économie de marché, les espaces aquatiques et terrestres seraient régénérés. La crise socio-écologique dépassée et la santé planétaire revenant, redonneraient aux jeunes générations le sens du travail libéré du surtravail, et l’amour de la vie.

 

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samedi 3 septembre 2022

 

Bourdieu, l’Etat, une maffia


 par Alain Vidal


Dans « Sur l’Etat : Cours au Collège de France (1989-1992) », Pierre Bourdieu compare l’Etat à une organisation de type mafieux :

« Un racket comparable à celui des gangsters de Chicago en ce sens qu’il assure une protection contre la violence en échange d’une rétribution (l’impôt). Avec une différence de taille […] personne, ou presque, n’en conteste la légitimité […] La bureaucratie ne fait pas seulement des archives, elle invente aussi du discours de légitimation […] La construction de l’Etat est en grande partie une invention mentale ».

Cet ouvrage révèle les illusions entretenues sur l’Etat défenseur du bien commun, au nom de l’intérêt général. Pendant trois années, il travaillera entre autres, sur cette notion d’un « intérêt collectif bien compris », qu’on inculque aux enfants dès l’école primaire, en cours d’éducation civique et en histoire.

 « Ce que j’essaie de transmettre, c’est une manière de construire la réalité qui permet de voir les faits que, normalement, on ne voit pas ».

Une réalité cachée par la quasi-totalité des historiens et archéologues qui s’évertuent encore, à magnifier les sociétés étatisées de l’Antiquité, ne laissant à la contemplation, que la splendeur empreinte d’une débauche de luxe et de somptuaire, sans pareil, en omettant d’éclairer la condition misérable des populations, réduites en domestication par un Etat prônant la conservation et la protection des privilèges de ceux qui le dirigent.

Dans la revue «Sciences sociales et démocratie», Pierre Bourdieu évoque la forêt de la grande délinquance que masque l’arbre de la petite délinquance massivement médiatisée. 

« Je dirai seulement, pour donner à réfléchir, qu’il y a une loi de conservation de la violence et que si l’on veut faire diminuer véritablement la violence la plus visible, crimes, vols, viols, voire attentats, il faut travailler à réduire globalement la violence qui reste invisible (en tout cas à partir des lieux centraux, ou dominants), celle qui s’exerce au jour le jour, pêle-mêle, dans les familles, les usines, les ateliers, les commissariats, les prisons, ou même les hôpitaux ou les écoles, et qui est le produit de la « violence inerte » des structures économiques et sociales et des mécanismes impitoyables qui contribuent à les reproduire ».



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