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dimanche 15 mars 2026
Les mythes républicains: Voltaire, Hugo, Badinter
Contre les dogmes, marchandise, profit, taux d'intérêts
Imaginons l'abrogation des lois sur brevet d'invention
Les mythes républicains: Voltaire, Hugo, Badinter
Imaginons l'abrogation des lois sur brevet d'invention
Les mythes républicains: Voltaire, Hugo, Badinter
hugo raciste
Victor Hugo :
le Blanc
a fait du Noir un homme
Extraits
L’Afrique n’a pas d’histoire.
Cette Afrique farouche n’a que deux aspects:
peuplée, c’est la barbarie;
déserte, c’est la sauvagerie.
La question sociale n’a jamais été posée d’une façon si tragique,
mais la fureur n’est pas une solution.
Aussi espérons-nous que le vaste souffle du dix-neuvième siècle
se fera sentir jusque dans ces régions lointaines,
et substituera à la convulsion belliqueuse la conclusion pacifique.
Versez votre trop-plein dans cette Afrique,
et du même coup résolvez vos questions sociales,
changez vos prolétaires en propriétaires.
Le blanc a fait du noir un homme;
au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde.
Allez, Peuples! emparez-vous de cette terre.
Prenez-la.
À qui?
A personne.
Discours sur l’Afrique, par Victor Hugo
Discours sur l’Afrique, par Victor Hugo
Le dimanche 18 mai 1879, un banquet commémoratif de l’abolition de l’esclavage réunissait, chez Bonvalet, cent vingt convives.
Victor Hugo présidait. Il avait à sa droite MM. Schoelcher, l’auteur principal du décret de 1848 abolissant l’esclavage, et Emmanuel Arago, fils du grand savant républicain qui l’a signé comme ministre de la marine; à sa gauche, MM. Crémieux et Jules Simon.
Messieurs,
Je préside, c’est-à-dire j’obéis; le vrai président d’une réunion comme celle-ci, un jour comme celui-ci, ce serait l’homme qui a eu l’immense honneur de prendre la parole au nom de la race humaine blanche pour dire à la race humaine noire: Tu es libre. Cet homme, vous le nommez tous, messieurs, c’est Schoelcher. Si je suis à cette place, c’est lui qui l’a voulu. Je lui ai obéi.
Du reste, une douceur est mêlée à cette obéissance, la douceur de me trouver au milieu de vous. C’est une joie pour moi de pouvoir presser en ce moment les mains de tant d’hommes considérables qui ont laissé un bon souvenir dans la mémorable libération humaine que nous célébrons.
Messieurs, le moment actuel sera compté dans ce siècle. C’est un point d’arrivée, c’est un point de départ. Il a sa physionomie: au nord le despotisme, au sud la liberté; au nord la tempête, au sud l’apaisement.
Quant à nous, puisque nous sommes de simples chercheurs du vrai, puisque nous sommes des songeurs, des écrivains, des philosophes attentifs; puisque nous sommes assemblés ici autour d’une pensée unique, l’amélioration de la race humaine; puisque nous sommes, en un mot, des hommes passionnément occupés de ce grand sujet, l’homme, profitons de notre rencontre, fixons nos yeux vers l’avenir; demandons-nous ce que fera le vingtième siècle. (Mouvement d’attention.)
Politiquement, vous le pressentez, je n’ai pas besoin de vous le dire.
Géographiquement,-permettez que je me borne à cette indication,-la destinée des hommes est au sud.
Le moment est venu de donner au vieux monde cet avertissement: il faut être un nouveau monde.
Le moment est venu de faire remarquer à l’Europe qu’elle a à côté d’elle l’Afrique.
Le moment est venu de dire aux quatre nations d’où sort l’histoire moderne, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la France, qu’elles sont toujours là, que leur mission s’est modifiée sans se transformer, qu’elles ont toujours la même situation responsable et souveraine au bord de la Méditerranée, et que, si on leur ajoute un cinquième peuple, celui qui a été entrevu par Virgile et qui s’est montré digne de ce grand regard, l’Angleterre, on a, à peu près, tout l’effort de l’antique genre humain vers le travail, qui est le progrès, et vers l’unité, qui est la vie.
Le moment est venu de faire remarquer à l’Europe qu’elle a à côté d’elle l’Afrique.
Le moment est venu de dire aux quatre nations d’où sort l’histoire moderne, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, la France, qu’elles sont toujours là, que leur mission s’est modifiée sans se transformer, qu’elles ont toujours la même situation responsable et souveraine au bord de la Méditerranée, et que, si on leur ajoute un cinquième peuple, celui qui a été entrevu par Virgile et qui s’est montré digne de ce grand regard, l’Angleterre, on a, à peu près, tout l’effort de l’antique genre humain vers le travail, qui est le progrès, et vers l’unité, qui est la vie.
La Méditerranée est un lac de civilisation; ce n’est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l’un de ses bords le vieil univers et sur l’autre l’univers ignoré, c’est-à-dire d’un côté toute la civilisation et de l’autre toute la barbarie.
Le moment est venu de dire à ce groupe illustre de nations: Unissez-vous! allez au sud.
Est-ce que vous ne voyez pas le barrage? Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce monceau inerte et passif qui, depuis six mille ans, fait obstacle à la marche universelle, ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité,-l’Afrique.
Quelle terre que cette Afrique! L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire; l’Afrique n’a pas d’histoire.
Une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. Rome l’a touchée, pour la supprimer; et, quand elle s’est crue délivrée de l’Afrique, Rome a jeté sur cette morte immense une de ces épithètes qui ne se traduisent pas: Africa portentosa! (Applaudissements.)
C’est plus et moins que le prodige. C’est ce qui est absolu dans l’horreur. Le flamboiement tropical, en effet, c’est l’Afrique. Il semble que voir l’Afrique, ce soit être aveuglé. Un excès de soleil est un excès de nuit.
Eh bien, cet effroi va disparaître.
Déjà les deux peuples colonisateurs, qui sont deux grands peuples libres, la France et l’Angleterre, ont saisi l’Afrique; la France la tient par l’ouest et par le nord; l’Angleterre la tient par l’est et par le midi.
Voici que l’Italie accepte sa part de ce travail colossal. L’Amérique joint ses efforts aux nôtres; car l’unité des peuples se révèle en tout. L’Afrique importe à l’univers.
Une telle suppression de mouvement et de circulation entrave la vie universelle, et la marche humaine ne peut s’accommoder plus longtemps d’un cinquième du globe paralysé.
De hardis pionniers se s’ont risqués, et, dès leurs premiers pas, ce sol étrange est apparu réel; ces paysages lunaires deviennent des paysages terrestres. La France est prête à y apporter une mer.
Cette Afrique farouche n’a que deux aspects: peuplée, c’est la barbarie; déserte, c’est la sauvagerie;
mais elle ne se dérobe plus; les lieux réputés inhabitables sont des climats possibles; on trouve partout des fleuves navigables; des forêts se dressent, de vastes branchages encombrent çà et là l’horizon; quelle sera l’attitude de la civilisation devant cette faune et cette flore inconnues? Des lacs sont aperçus, qui sait? peut-être cette mer Nagaïn dont parle la Bible. De gigantesques appareils hydrauliques sont préparés par la nature et attendent l’homme; on voit les points où germeront des villes; on devine les communications; des chaînes de montagnes se dessinent; des cols, des passages, des détroits sont praticables; cet univers, qui effrayait les Romains, attire les Français.
mais elle ne se dérobe plus; les lieux réputés inhabitables sont des climats possibles; on trouve partout des fleuves navigables; des forêts se dressent, de vastes branchages encombrent çà et là l’horizon; quelle sera l’attitude de la civilisation devant cette faune et cette flore inconnues? Des lacs sont aperçus, qui sait? peut-être cette mer Nagaïn dont parle la Bible. De gigantesques appareils hydrauliques sont préparés par la nature et attendent l’homme; on voit les points où germeront des villes; on devine les communications; des chaînes de montagnes se dessinent; des cols, des passages, des détroits sont praticables; cet univers, qui effrayait les Romains, attire les Français.
Remarquez avec quelle majesté les grandes choses s’accomplissent. Les obstacles existent; comme je l’ai dit déjà, ils font leur devoir, qui est de se laisser vaincre. Ce n’est pas sans difficulté.
Au nord, j’y insiste, un mouvement s’opère, le divide ut regnes exécute un colossal effort, les suprêmes phénomènes monarchiques se produisent. L’empire germanique unit contre ce qu’il suppose l’esprit moderne toutes ses forces; l’empire moscovite offre un tableau plus émouvant encore. A l’autorité sans borne résiste quelque chose qui n’a pas non plus de limite; au despotisme omnipotent qui livre des millions d’hommes à l’individu, qui crie: Je veux tout, je prends tout! j’ai tout!–le gouffre fait cette réponse terrible: Nihil. Et aujourd’hui nous assistons à la lutte épouvantable de ce Rien avec ce Tout. (Sensation.)
Spectacle digne de méditation! le néant engendrant le chaos.
La question sociale n’a jamais été posée d’une façon si tragique, mais la fureur n’est pas une solution. Aussi espérons-nous que le vaste souffle du dix-neuvième siècle se fera sentir jusque dans ces régions lointaines, et substituera à la convulsion belliqueuse la conclusion pacifique.
Cependant, si le nord est inquiétant, le midi est rassurant. Au sud, un lien étroit s’accroît et se fortifie entre la France, l’Italie et l’Espagne. C’est au fond le même peuple, et la Grèce s’y rattache, car à l’origine latine se superpose l’origine grecque. Ces nations ont la Méditerranée, et l’Angleterre a trop besoin de la Méditerranée pour se séparer des quatre peuples qui en sont maîtres. Déjà les États-Unis du Sud s’esquissent ébauche évidente des États-Unis d’Europe. (Bravos.)
Nulle haine, nulle violence, nulle colère. C’est la grande marche tranquille vers l’harmonie, la fraternité et la paix.
Aux faits populaires viennent s’ajouter les faits humains; la forme définitive s’entrevoit; le groupe gigantesque se devine; et, pour ne pas sortir des frontières que vous vous tracez à vous-mêmes, pour rester dans l’ordre des choses où il convient que je m’enferme, je me borne, et ce sera mon dernier mot, à constater ce détail, qui n’est qu’un détail, mais qui est immense:
au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. (Applaudissements.)
au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. (Applaudissements.)
Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra.
Allez, Peuples! emparez-vous de cette terre.
Prenez-la.
À qui? à personne.
Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la.
Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue; non pour le sabre, mais pour le commerce; non pour la bataille, mais pour l’industrie; non pour la conquête, mais pour la fraternité. (Applaudissements prolongés.)
Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue; non pour le sabre, mais pour le commerce; non pour la bataille, mais pour l’industrie; non pour la conquête, mais pour la fraternité. (Applaudissements prolongés.)
Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires.
Allez, faites! faites des routes, faites des ports, faites des villes; croissez, cultivez, colonisez, multipliez; et que, sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l’Esprit divin s’affirme par la paix et l’Esprit humain par la liberté!
Ce discours, constamment couvert d’applaudissements enthousiastes, a été suivi d’une explosion de cris de: Vive Victor Hugo! vive la république!
Lire les propositions de Libérons La Monnaie
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mardi 6 décembre 2016
De l'échec scolaire programmé
De l'échec scolaire programmé
par Alain Vidal et Annie Mothes
De
la condamnation à mort de l'esclave sachant lire,
à l’échec
scolaire programmé, de tout temps,
les possédants
ont sévèrement contrôlé l'accès des peuples au savoir.
1-Au 18ème siècle, Bernard
Mandeville, premier théoricien du capitalisme :
« Pour que la société soit heureuse, et le peuple content même de son sort
pénible, il faut que la grande majorité reste aussi ignorante que pauvre, Les
connaissances développent et multiplient nos désirs, et moins un homme désire
plus ses besoins sont faciles à satisfaire. »
Voltaire :
"Un pays bien organisé est celui
où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le
gouverne […] Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Ce n’est
pas le manœuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois […] Le bien de la société demande que les connaissances du
peuple ne s’étendent pas plus que ses occupations. »
« Je vous remercie de proscrire
l’étude chez les laboureurs. Moi qui cultive la terre, je vous présente requête
pour avoir des manœuvres et non des clercs tonsurés. Envoyez-moi les frères
ignorantins pour conduire mes charrues et pour les atteler. »
« Qu’il y ait des gueux ignorants.
Si vous faisiez valoir comme moi un terre et si vous aviez des charrues, vous
seriez bien de mon avis […] L’agriculture
manque de bras, on n’a besoin que d’une plume pour deux ou trois cents
bras. »
Vu l’influence de Voltaire, la
Déclaration des droits de l'homme de 1789 est vierge de toute référence au
droit à l'instruction.
2-L’Ecole de Jules
Ferry
Jules Ferry :
« Il est à craindre que d'autres écoles ne
se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et de paysans, où l'on enseignera
des principes totalement opposés, inspirés peut-être d'un idéal socialiste ou
communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque
violente et sinistre [la Commune]… comprise entre le 18 mars et le 24
mai 1871[…]
Il y
a deux choses dans lesquelles l’Etat enseignant et surveillant ne peut pas être
indifférent, c’est la morale et la politique, car en morale et en politique
l’Etat est chez lui.»
Paul Bert, ami de
Ferry:
"Il faut que
l'école attire l'enfant, qu'elle soit séduisante, agréable […] Il
faut qu'elle soit ornée, ornementée, parée. Il faut enfin que nous faisions
pour elle ce que nos pères faisaient pour leur église […] Il faut une religion
pour le peuple! une pensée unique, une foi commune pour un peuple, sans quoi il
ne serait qu'une agrégation d'hommes juxtaposés; c'est ce que fera
l'instruction civique. » Une pensée unique, le comble pour
un libre penseur !
Jules Ferry:
«Une véritable
religion de la patrie, une religion qui
n'admet pas de dissidents […] c'est pourquoi l'enseignement de l'histoire
est appelé à jouer un grand rôle éducateur »
Ernest Lavisse, historien fidèle de Ferry le
grand maître de l’université:
« Il ne saurait donc être question
d'enseigner l'histoire avec le calme qui sied à l'enseignement de la règle des
participes; il s'agit ici de la chair de notre chair et du sang de notre sang
[…] ; l'histoire ne s'apprend pas par cœur, mais par le cœur [...] Faisons-leur
aimer nos ancêtres les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à
Poitiers, Roland à Roncevaux, Jeanne d'Arc, Bayard, tous nos héros du passé,
même enveloppés de légendes […].
Puisque la religion ne sait plus avoir
prise sur les âmes […] cherchons dans l'âme des enfants l'étincelle divine;
animons-là de notre souffle. Les devoirs, il sera d'autant plus aisé de les
faire comprendre que l'imagination des élèves, charmée par des peintures et des
récits, rendra leur raison enfantine plus attentive et plus docile»
Flaubert :
"L'instruction
gratuite et obligatoire n'y fera rien qu'augmenter le nombre des
imbéciles […] Le plus pressé est d'instruire les riches, qui, en somme,
sont les plus forts »
Un système éducatif organisé par ordres.
L’ordre de la Communale gratuite pour le
peuple, l’ordre du secondaire, payant pour les enfants des notables et de la
bourgeoisie, entrant au petit lycée dès l’âge de six ans. Entre ces deux
ordres, un mur de l’argent, un développement séparé de deux jeunesses.
3-Aujourd’hui, tous les enfants vont en 6ème, mais avec des lois interdisant à leurs parents d’accéder tout
au long de leur vie à l’éducation permanente.
Moins bien accompagnés sur le chemin de
l’Ecole par les familles, les enfants
des classes populaires, se retrouvent majoritairement dans un échec scolaire
ainsi sciemment programmé.
dimanche 3 juillet 2016
L’éducation populaire, du salariat au travail libéré
L’éducation
populaire, du salariat au travail libéré
par Alain Vidal
article paru le 28 février 2013
Dans la revue Résonnances de janvier 2011, l’éducation populaire est présentée comme « une résistance à la
marchandisation », « une construction collective de savoirs et de pratiques
dans un but d’émancipation individuelle et de transformation sociale. »
Ces deux mots clés, marchandisation,
émancipation,
auxquels j’adhère, appelle une question: quelle émancipation sans résistance à
un salariat qui s’est construit dans le développement d’un marché du travail
qui définit l’homme comme une marchandise ?
Sur le marché du travail, de l’ouvrier au
cadre, chacun, dans l’entretien d’embauche, tente de vendre une force de
travail à l’employeur.
Le salariat est
régi par le Code du Travail qui définit très exactement le contrat salarié
comme un rapport de subordination du salarié envers l’employeur :
« En droit du travail, le lien de
subordination caractérise le contrat de travail. Pour la Cour de cassation, le
lien de subordination se manifeste par l’exécution d’un travail sous l’autorité
d’un employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et le devoir d’appliquer les dispositions énoncées
par le droit du travail et de sanctionner les manquements de son
subordonné »
Quelle émancipation attendre
d’un Etat, qui, prétendant garantir les droits fondamentaux (Constitution de
1958), subordonne ces mêmes droits aux intérêts privés des actionnaires. Un
Etat qui collabore ouvertement à la course au profit en organisant, par Pôle
emploi interposé, la vente et l’achat de forces humaines de travail.
Santé, Ecole, Culture…
tous nos droits sont subordonnés à un revenu qui, pour 92% des actifs, dépend d’un travail
salarié…
Toute résistance à la
marchandisation exige nécessairement une remise en question du salariat. Sauf à
revenir à l’esclavage ou au servage, sans le salariat, pas de marchandisation. Sans
travail salarié, pas de prédactionnaires, mais un peuple de producteurs
librement associés dans la démocratie
économique, seule garante de nos droits fondamentaux. L’éducation populaire se
doit d’afficher clairement son objectif, le passage du travail salarié au
travail émancipé. C’est ce que proposaient nos aînés de l’Education populaire à
la charnière du XIXème et du XXème siècle.
Mais depuis plus de
cent ans, cette revendication a été étouffée par des syndicats, partis et
mouvement associatifs réformistes, indignés par les effets du capitalisme, mais
résignés sur les causes. Un peuple figé dans le salariat n’a aucun pouvoir pour
faire respecter les droits fondamentaux.
Un peuple salarié
revendique mais ne décide pas. Sous l’influence du mouvement réformiste, le droit
de revendiquer finit par être assimilé au concept de liberté, et la démocratie au
droit de manifester…
Le minimum de droits
est accordé pour éviter prise de conscience et mobilisation populaires vers un dépassement
du capitalisme, pour éviter que le peuple producteur ne devienne souverain dans
tous les domaines.
Un peuple salarié
n’est pas un peuple émancipé, il est entièrement subordonné aux intérêts privés
des grands actionnaires qui gouvernent toutes les productions dont dépendent
nos droits fondamentaux.
Le conseil des
ministres ne fait qu’appliquer les décisions des grands conseils
d’administration du CAC 40 et du MEDEF. Le gouvernement ne contrôle pas les
marchés mais l’inverse. Quand un chef d’état va à l’étranger, il n’emmène pas
avec lui une délégation de salariés ou de chômeurs en lutte, pour tisser des liens
avec leurs camarades étrangers, non, l’avion présidentiel est bourré de grands
actionnaires qui espèrent signer des
contrats au nom de leurs intérêts privés.
Tout cela renvoie
au concept de marchandise et à la valeur invisible qui la caractérise côté
actionnaire, je veux dire la quantité de travail humain nécessaire à sa
production.
Autre expression clé
« Lire le monde ». Lire la
marchandisation du monde, c’est lire la marchandise, c’est comprendre que le
vendeur ne vend pas un objet plus ou moins long, plus ou moins lourd, plus ou
moins beau, plus ou moins utile…le vendeur ne vend que le temps de travail salarié
cristallisé dans le produit qu’il échange par monnaie interposée contre une
autre quantité équivalente de travail salarié donné par l’acheteur.
Ce premier constat
pose d’emblée la contradiction d’un capitalisme que nous voulons dépasser
ardemment. La contradiction irréductible entre le patron qui n’est intéressé
que par la vente de travail humain dont il tire profit, et le
consommateur qui achète un produit pour son usage, pour son attrait esthétique
etc…
D’un côté, le peuple
qui veut des objets durables et réparables, de l’autre, des actionnaires qui
vendent des objets de plus en plus rapidement jetables, par obsolescence
programmée. C’est l’opposition irréductible entre la valeur d’échange et la valeur
d’usage.
L’intérêt du peuple,
c’est Athènes sans les esclaves…Plus précisément, Athènes avec ces nouveaux
esclaves que sont les machines et les robots. Pour que le temps des hommes
ainsi économisé soit déversé massivement dans les services publics et non dans
des productions de biens et de services à l’usage exclusif des plus riches.
Contradiction
irréductible entre prédateur et producteur, entre ceux accordant la priorité absolue
au profit pour se distinguer par le luxe, et ceux accordant la priorité absolue au progrès
social en fonction du niveau technologique.
« Lire le
monde », c’est « s’éduquer pour acquérir la science de son malheur »
formule chère à Pelloutier, grand animateur des bourses du travail.
Science du malheur, science des heures mal utilisées,
gaspillées au service de prédateurs, heures mal utilisées, sous forme de
tribut, à travailler gratuitement pour l’enrichissement par l’appauvrissement du
temps populaire. Chaque heure gaspillée ainsi est une heure perdue pour
l’instruction, la production des biens vitaux, en un mot pour l’intérêt général.
« S’éduquer pour
acquérir la science de son malheur », la transmettre, pour décortiquer,
remettre en question les idées reçues à l’Ecole de Jules Ferry depuis plus de
130 ans. L’Ecole de Jules Ferry, cette école de la soumission au profit.
On retrouve là, l’opposition
irréductible entre la leçon de Condorcet, l’instruction du peuple pour son émancipation
et celle de Jules Ferry, l’éduquer, le conduire vers le consentement au travail
salarié. L’instruction du peuple pour le peuple revendiquée par la Commune en
opposition radicale à l’éducation du peuple pour les besoins de la bourgeoisie.
« Lire le monde »,
pour comprendre que le rapport aux gens est un rapport au temps, un rapport au
temps de travail salarié exigé pour l’obtention d’un revenu qui donne accès à
plus ou moins de droits.
Rapport aux gens,
rapport donc à l’argent créé par les banquiers pour mesurer le temps
cristallisé dans les marchandises. Du marché aux esclaves au marché du travail
salarié, qu’on soit vendu ou qu’on soit éduqué à se vendre, la vente et l’achat de forces humaines de travail
pour le profit est la préoccupation première du pouvoir politico-bancaire.
Quel espoir d’émancipation
dans la subordination qui fonde le rapport du salarié à l’employeur quand on
sait qu’on ne devient émancipé qu’en quittant
les oripeaux du « mancipare » (en latin, celui qui se vend pour
vivre) ?
« Faire éducation
populaire », c’est distinguer les différents statuts du travail
productif, du producteur librement associé au salarié, en passant par l’esclave
et le serf. C’est, expliquer inlassablement « l’emploi » qui contraint l’employé
à ployer devant l’employeur…
C’est montrer comment
une grande association qui militait pour l’éducation du peuple, (la Ligue de
l’Enseignement) a fini par applaudir aux lois de Jules Ferry sur
« l’éducation », s’alignant ainsi sur l’idéologie du fossoyeur de la
Commune.
Un Jules Ferry
déclarant huit ans après la Semaine sanglante, à l’époque où il préparait les lois
sur l’Ecole, dite publique :
« Il est à
craindre que d'autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d'ouvriers et
de paysans, où l'on enseignera des principes totalement opposés, inspirés
peut-être d'un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus
récents, par exemple à cette époque violente et sinistre [la Commune]…
comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871… Il y a deux choses dans
lesquelles l’Etat enseignant et surveillant ne peut pas être indifférent, c’est
la morale et la politique, car en morale et en politique l’Etat
est chez lui.»
L’Etat fera ainsi de la politique à l’Ecole, sans contre-pouvoir, en
imposant hier comme aujourd’hui, un enseignement de l’histoire hagiographique qui relève du roman
national : le roman des vainqueurs de la Commune.
L’Etat est tellement
bien chez lui, que, l’enseignement de l’histoire et de la philosophie délivré
aux enseignants d’hier et d’aujourd’hui, servira et sert encore de courroie de
transmission à une morale proclamée universelle, mais qui ne tend qu’à
préserver les intérêts de la bourgeoisie au pouvoir.
Jules Ferry a jeté
les bases d’un catéchisme républicain laïc encensé encore aujourd’hui par la
quasi-totalité de l’échiquier politique. Tout écart, tout rééquilibrage
critique de cette conception de la morale et de l’histoire sont considérés comme une atteinte à la neutralité
de la fonction publique, comme un manquement à l’obligation de réserve…
Combien ont élevé la voix tel un Célestin Freinet ?
L’Education
populaire pour « le vivre ensemble »,
bien sûr, mais pour dépasser un arsenal
juridique, pour dépasser des institutions, qui autorisent une minorité de
prédateurs à exploiter le peuple producteur. Non seulement l’exploitation, mais
aussi, et de façon croissante, l’exclusion pure et simple, au nom des faillites
que les actionnaires provoquent chez leurs concurrents pour s’emparer de
nouveaux consommateurs.
Le droit n’est pas la
liberté. La liberté, c’est le droit de produire en fonction de l’intérêt
général, dans le respect des intérêts privés de chacun et de celui de la terre nourricière.
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