mercredi 18 décembre 2013

La deuxième mort de Mandela



La deuxième mort de Mandela
                                                                                                               par Alain Vidal
                                                                                       
       Cyril Ramaphosa, un Black Diamond de 685 millions euros, 
       il était le favori de Mandela pour les prochaines présidentielles   
La Charte de la Liberté

Les funérailles  de Mandela
Mandela meurt pour la première fois en 1994, après que l’ANC (1) dont il était le président, eut abandonné les revendications de la Charte de la Liberté (2) que le grand leader anti apartheid rappelait avec conviction, à sa sortie de prison quatre ans auparavant, dans une déclaration publique :
 "Nationaliser les mines, les banques et les industries en situation de monopole fait partie du programme de l'ANC, et tout changement, toute modification à cet égard apparaît inconcevable. » Et pourtant, ces revendications n'étaient qu'une  première étape vers la démocratie...
Comment les Afrikaners blancs ont-ils réussi à faire céder des militants aguerris, qui avaient combattu courageusement pendant si longtemps?

Avec le Black Economic Empowerment, des révolutionnaires deviennent actionnaires
Les négociateurs afrikaners proposèrent  le Black Economic Empowerment en  vertu duquel, du jour au lendemain, des cadres de l’ANC reçurent sous forme d’actions 10 et 26 % du capital des grands groupes miniers et des banques. Siégeant auprès des blancs dans les conseils d’administration : des révolutionnaires deviennent actionnaires. Tout en conservant leurs responsabilités politiques et/ou syndicales, ils deviennent hommes d’affaires richissimes ! Vishnou Padayachee, conseiller économique de l’ANC, témoigne: "Le projet [d'émancipation des noirs] était  mort avant d'avoir vu le jour. » (3)
En échange de cette corruption légalisée, l’ANC accepta d’assumer un pouvoir politique dépouillé de tout contrôle sur l’économie, et pour cause, la banque centrale, garante de ce contrôle, restait entre les mains de la minorité blanche afrikaner. En 1994, s’évanouissaient les espoirs de tout un peuple. Cet abandon de la gestion du secteur bancaire interdisait de fait, tout réel changement pour la très grande majorité des noirs vivant dans l’extrême pauvreté.
De Klerck, président sous l’apartheid,  avait très bien retenu la leçon des banquiers à la veille de  l’indépendance du Congo belge. Une leçon qu’Aimé Césaire met en scène dans Une saison au Congo,  à la mémoire de Lumumba dont la fidélité à son peuple lui a valu d’être assassiné sur ordre des Etats-Unis, de la Grande Bretagne et de la Belgique:
[Une salle du palais royal à Bruxelles, un banquier à ses collègues désemparés par le risque de tout perdre] 
« Suivez l'idée. Que veulent-ils [les Noirs] ? Des postes, des titres.
Présidents, députés, sénateurs, ministres !

Enfin le matabich [pot de vin] ! Bon ! Auto, compte en banque

Villas, gros traitements, je ne lésine point.

Axiome, et c'est là l'important ; qu'on les gave !

Résultat ; leur cœur s'attendrit, leur humeur devient suave.
Vous voyez peu à peu où le système nous porte :
Entre leur peuple et nous, se dresse leur cohorte.
Si du moins avec eux, à défaut d'amitié
En ce siècle ingrat sentiment périmé
Nous savons nouer les noeuds de la complicité.

Chœur des banquiers:
Hurrah ! Hurrah ! Vive l'indépendance ! »


Dans l’Afrique du Sud de l’après apartheid, des gens de couleur seront présidents, députés, sénateurs, ministres, mais aucune loi ne gênera l’enrichissement illégitime des banquiers et du grand patronat. L’’apartheid racial est aboli mais le Consensus de Washington est respecté par le développement séparé des salariés et des chômeurs d’un côté, et de la bourgeoisie de l’autre. Une bourgeoisie blanche ayant la caution d’une nouvelle bourgeoisie noire, pour l’essentiel des responsables de l’ANC ayant encore la confiance du peuple de par leur charisme d’anciens combattants.

"Nous avons l'Etat. Où est le pouvoir?"
Le peuple ne fut pas tenu au courant de ces transactions qui se firent dans le plus grand secret, les medias braquant les projecteurs sur le volet des responsabilités politiques futures, confiées aux gens de couleur.  Les rencontres au sommet entre Mandela et De Klerck firent  la une des journaux pour mieux masquer ce qui se tramait de fondamental en coulisse dans les commissions mixtes traitant de l'économie. C'est ainsi que, parallèlement à la lutte pour le contrôle du Parlement, monopolisant l'attention du grand public, les négociateurs noirs acceptèrent des mesures qui rendirent  inapplicables les promesses de la Charte de la Liberté dans le domaine du logement, de la santé, de la culture, de l’éducation, des conditions de travail, des revenus...
Patrick Bond, conseiller économique auprès de Mandela, se souvient de la phrase qui circulait parmi les responsables de l'ANC après l’accession de Mandela à la présidence :
"Nous avons l'Etat. Où est le pouvoir?"
De même, la bourgeoisie française continue de s’enrichir sur le dos de ses anciennes colonies d’Afrique en gardant, de Paris, le contrôle absolue des banques centrales de ces soi-disant pays indépendants, c’est le règne du Franc CFA : qui contrôle l’argent contrôle la vie des gens…

Le favori de Mandela,  Cyril Ramaphosa, un Black Diamond de 685 millions euros
       Echappant légalement à tout contrôle politique, à tout devoir envers le peuple, la banque centrale restera l’arme absolue du grand patronat. Avec la maîtrise des taux d’intérêts qui permet d’accaparer les biens d’autrui en expropriant par la dette illégitime, le mécanisme d’enrichissement par l’appauvrissement continuera inexorablement de déposséder les artisans et les petits paysans, les petites et moyennes entreprises, au bénéfice exclusif des multinationales : la dette, telle une pompe aspire les richesses de bas en haut.
Par la pratique mafieuse de la dette racket, la banque centrale continuera de protéger les intérêts du grand patronat contre l’intérêt général.
Sans le risque de guerre civile généralisée qui grandissait depuis la révolte de Soweto en 1975, sans la peur qu’avaient les blancs de tout perdre, Mandela serait probablement mort en prison. La hantise d’être confrontés à des revendications populaires portées par un nouveau « Lumumba »,  fit que les responsables de l’apartheid proposèrent des « négociations » qui du côté noir furent dirigées par Cyril Ramaphosa, l’actuel vice-président de l’ANC, militant syndicaliste (un homme à qui Mandela fit confiance  toute sa vie).  Du côté blanc, Roelf Meyer, le chef des négociateurs afrikaners de 1990 à 1994, disait  de Cyril Ramaphosa: « Nos idées et nos styles étaient différents, mais nous avons réussi à nous entendre, et je savais que je pouvais lui faire confiance dans les négociations. »
Il ne s’était pas trompé, Cyril Ramaphosa était déjà membre du conseil d’administration de la mine de platine de Lonmin, quand en 2012, à Marikana, la police protégeant les intérêts des actionnaires, fit tirer sur les mineurs en grève ; bilan : 34 morts, 78 blessés. Courageux combattant anti apartheid, à «forte tendance socialiste», ce « responsable syndical » possède aujourd’hui les 145 restaurants McDonald d’Afrique du Sud, l’entreprise Shanduka, l’un des plus grands fonds d’investissement sud-africains, des actions dans le secteur de l’énergie, dans les mines et l’immobilier, dans les  banques, les assurances et les télécommunications. Cyril Ramaphosa est devenu le symbole de « la  réussite » de cette bourgeoisie noire sud-africaine qu’on surnomme les  Black Diamonds … En 2012, sa fortune est estimée à 685 millions d’euros.  Il était le favori de Mandela pour les prochaines présidentielles.

La bourgeoisie noire se développe, la misère aussi..
En 1994, Mandela élu président, prend son bras droit Thabo Mbeki comme vice-président, un économiste qui se  réclame publiquement du capitalisme le plus féroce, le thatchérisme...Il succédera  à Mandela en 1999. Moeletsi Mbeki, son frère, dénonce depuis longtemps un système de « corruption légalisée » au sein de l’ANC avec une promotion d’actionnaires noirs aux revenus astronomiques.
Gilles Genre-Grandpierre directeur de l’Agence Française de Développement écrit dans un rapport officiel :
« Le Black Economic Empowerment a connu une première phase de 1994 à 1998, qui peut être interprétée comme une phase d’auto-récompense des nouveaux leaders politiques [qui] a conduit à la constitution d’une classe de rentiers noirs. Il s’est agi d’un transfert d’actifs d’actionnaires blancs (mines et médias en particulier) vers l’élite de l’ANC»
Il fait également le parallèle entre l’enrichissement fulgurant des cadres du PC soviétique après1989, avec celui des cadres de l’ANC :
« En seulement quelques années, des empires ont été créés à partir de rien, en Russie comme en Afrique du Sud. Ainsi, il n’est pas exagéré de dire que certains ex-leaders de l’ANC devenus hommes d’affaires grâce au BEE  [Black Economic Empowerment], sont maintenant les "oligarques" de l’Afrique du Sud.
Patrice Motsepe très proche des politiciens de l’ANC, est le quatrième homme le plus riche d’Afrique avec 2,7 milliards de dollars. Selon l’Indice de Développement Humain  de  l’ONU (IDH), l'Afrique du Sud a reculé de 35 places  entre 1990 et 2005. Le nombre de personnes en dessous du seuil d'extrême pauvreté a doublé en dix ans, passant de 1,9 à 4,2 millions. Près de 40 % des villes en Afrique du Sud sont composées de  townships. Ces inégalités  sont à l'origine de nombreuses tensions entre riches et pauvres. Plus de 43 % de la population vit avec moins de 3 000 rands (260 euros) par an. Le chômage réel est proche de 40 %. En 2013, le revenu de la tranche la plus pauvre de la population (40% des Sud-africains), est inférieur de moitié à celui qu’il était sous le régime de l'apartheid.
Redistribution des terres, accès gratuit au traitement du Sida, gratuité de l’eau et de l’électricité dans les townships à titre de réparation…toutes ces mesures d’une extrême urgence ne sont pas appliquées de par les barrières mises en place entre 90 et 94 par les négociateurs de l’axe économique.

Fin de  l’apartheid racial, croissance de l’apartheid social
L’abandon de la Charte de la Liberté pour laquelle tant de militants furent torturés, assassinés, a eu pour conséquences, que :
 chaque heure perdue à travailler pour l’enrichissement  d’actionnaires (noirs ou blancs), chaque heure perdue à travailler pour l’enrichissement de banquiers par le paiement des dettes bancaires (dettes privées des entreprises, répercutées dans les prix à la consommation, ou dettes publiques payées par les impôts), chaque heure ainsi perdue est une heure définitivement perdue pour développer les services publics : la santé, l’éducation…
Le reniement est tel, que lorsque Dennis Brutus, militant de longue date de l'ANC proposa au gouvernement de lancer un mouvement populaire pour l'annulation de cette dette bancaire criminelle qui barre la route à l’intérêt général, les responsables au pouvoir opposèrent un refus catégorique.
Il y a quelques mois, l’Institut pour la Justice  et la Réconciliation (institué par la loi de juin 1995), révèle dans son rapport annuel que les inégalités de classe représentent la question primordiale de la société africaine. La barrière raciale officiellement disparue, le mécanisme de développement séparé reposant sur l’enrichissement des uns par l’appauvrissement des autres, « dans le respect supposé de chacun », est incomparablement plus difficile à éradiquer, car pernicieux et masqué par des politiciens noirs qui prétendent défendre des principes de liberté et d’égalité que la réalité dément.
Cet endoctrinement sévissant dès l’Ecole et relayé par les médias, sert à désamorcer tout soulèvement solidaire d’intérêt général.
La corruption est telle, que, lorsque l’actuel président Zuma, a voulu rendre hommage  à Mandela après sa mort, une grande partie de la foule a quitté le stade en l’insultant. Le président en exercice est accusé de  corruption pour s’être fait construire un palais de 26 millions d’euros.
Pendant ce temps, les héritiers de Nelson Mandela se disputent sa  fortune estimée à 245 millions d’euros d’après les déclarations de  Prince Mashele, le directeur du Crime, Justice and Politics Programme à l'Institut d'études de sécurité de Pretoria.
Conscient de ce bilan, l’archevêque Desmond Tutu, icône de la lutte anti apartheid et  président de  l’Institut pour la Justice et la Réconciliation, a promis en 2013 de ne plus jamais voter pour l’ANC le parti de Mandela et ce, quelques mois avant la deuxième mort de ce dernier.
Alain Vidal, Nantes le 19 décembre 2013

(1) Congrès national africain.
(2) La Charte de la liberté (Freedom Charter) est une déclaration de principes adopté à Kliptown en Afrique du Sud le 26 juin 1955 par le congrès de l'Alliance (congress of Alliance) réunissant le congrès national africain le parti communiste sud-africain, le congrès des démocrates  et leurs alliés.
(3) La stratégie du choc, Naomie Klein, p.238-265.

















mardi 26 novembre 2013

A Christiane Taubira, victime du racisme républicain


A Christiane Taubira, 
victime du racisme républicain
                                                                                                             Alain Vidal

François Hollande rendant hommage à l'école de Jules Ferry.
 Christiane Taubira avec Jean-Marc Ayrault au mémorial de Nantes

Christiane Taubira, vous êtes victime d’un racisme républicain institué par Jules Ferry en 1881, vous êtes victime d’une idéologie raciale qui, à partir de l’école, s’est transmise jusqu’à aujourd’hui, telle une réaction en chaîne, de génération en génération. Encore enseigné dans les classes, il y a une soixantaine d’années, ce racisme, naturalisé par l’habitude, reste très vivace dans la population.
La non reconnaissance par la France d’un racisme d’Etat inscrit sur une si longue durée, rend difficile, pour beaucoup, un véritable travail de remise en question. De même qu'une frontière n'arrête pas un nuage radioactif, la modification des programmes scolaires sans référence au passé, ne peut stopper la propagation de représentations raciales transmises par l'Ecole de la République.
Christiane Taubira, vous n’êtes pas sans savoir qu’au XXème siècle, le racisme eut officiellement droit de cité dans la France républicaine bien avant que l’antiracisme ne soit reconnu.
Christiane Taubira, vous n’êtes pas sans savoir que Jules Ferry a rétabli l’esclavage en 1881 en faisant voter le Code de l'Indigénat par l'Assemblée Nationale. De la sorte, 52 ans avant les premières lois anti-juives promulguées par Hitler, 70 millions de sujets français seront soumis à un corpus de lois raciales, dans les trois départements d’Algérie, en Afrique Noire, à Madagascar, en Nouvelle-Calédonie et en Indochine.
 Le racisme sera érigé en valeur républicaine, et ce, malgré les protestations indignées de Victor Schœlcher au Sénat, un an auparavant :
« L’autorité française viole la loi de 1848, accepte la légitimité de l’esclavage. Au lieu d’élever l’esclave jusqu’à la liberté, elle abaisse la liberté jusqu’à l’esclavage. S’il faut encore lutter pour l’abolition de l’esclavage sous la République, je lutterai aussi énergiquement que jamais.»
Mais Ferry resta sourd à l’indignation du père de l’abolition de 1848.
Qualifié à  l'époque par des juristes de monstruosité juridique, le Code de l'Indigénat a institué le racisme d'Etat jusqu'en 1946 date à laquelle ce Code fut aboli. Ni le Front populaire, ni la France libre  n’avaient osé prendre pareille décision. Mais en réalité, ce n’est qu’en 1962 que cet état de fait cessa.
Christiane Taubira, il nous est impossible d’oublier que, fraîchement élu président de la République, François Hollande s’est empressé d’aller, le jour même de son investiture, au jardin des Tuileries devant la  statue de Jules Ferry, rendre un vibrant hommage à celui qui institua l’Ecole pour tous. Mais le chef de l’état fit silence sur la sinistre mission confiée aux enseignants, celle d’éduquer des générations successives d’écoliers au racisme d’Etat. La propagande raciale, serait-elle un détail de l’histoire? 
Ainsi endoctrinée par l’école, la  jeunesse adhérera massivement à l’esprit de la  colonisation dans le droit fil du discours du 28 juillet 1885 prononcé par Ferry à la chambre des députés:
 « La colonisation est fille de la politique industrielle. La paix sociale est une question de débouchés. L'exportation est un facteur essentiel de la prospérité publique et le champ d'emploi des capitaux, comme la demande du travail, se mesure à l'étendue du marché étranger. La consommation européenne est saturée ; il faut faire surgir de nouvelles couches de consommateurs. Les colonies sont pour les pays riches, le placement de capitaux le plus avantageux. Les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures.»
Pour assumer pareille mission, Jules Ferry s'entoura de collaborateurs dévoués à la cause, tel Paul Bert de la Ligue de l'enseignement, auteur de manuels scolaires dans lesquels, par exemple, on lisait:
 « Les Nègres ont la peau noire, les cheveux frisés comme de la laine, les mâchoires en avant, le nez épaté. Les Nègres, peu intelligents, n'ont jamais bâti que des huttes parfois réunies en assez grand nombre pour faire une ville. La race intelligente entre toutes, celle qui envahit et tend à détruire ou à subjuguer les autres, c'est celle à laquelle nous appartenons, c'est la race blanche.» 
Pour Paul Bert qui fut lui aussi ministre de l’Instruction publique, « Il faut placer l'indigène en position de s'assimiler ou de disparaître. »
A noter que, de 1877 jusqu’après la deuxième guerre mondiale, les instituteurs utilisèrent Le tour de France par deux enfants comme livre de lecture, un manuel où les Européens  étaient  ainsi présentés, « La race blanche, la plus parfaite des races humaines. »
 L’Ecole de la troisième République fut pour les capitaines d’industrie un outil indispensable pour obtenir le consentement des Français à l'esprit de la très grande France, à l’esprit de la course au profit au nom des intérêts supérieurs du grand patronat...
Christiane Taubira, comment espérez-vous en finir avec les caricatures et les insultes nauséabondes proférées à votre égard, tant que l'on enseignera aux élèves l’exemplarité d’une troisième République qui, en dépit des lois raciales, aurait « œuvré à l’élargissement des libertés fondamentales »?
Bien que le Code de l’Indigénat ait été aboli, aucune abolition n’aura l’efficacité d’un travail pédagogique de longue haleine autour de la reconnaissance publique des racines républicaines du racisme.
Une éducation à l'antiracisme exige la connaissance de ces pages sombres où tout un peuple fut si mal éduqué : par le biais de la littérature, du cinéma, des réclames comme le petit déjeuner Banania, ou les promenades du dimanche en famille, dans les zoos humains…moments privilégiés où l'on s'amusait à lancer des cacahuètes à des mamans africaines donnant le sein à leur bébé ! Tout cela jusqu’au cœur du vingtième siècle, dans une France où, comble de l’hypocrisie, on  manifestait, non pas contre les lois raciales de son propre pays, mais uniquement contre celles du voisin, celles de l’Allemagne nazie!
Il est vrai que les Français ont été victimes d’une longue tradition de racisme banalisé par des personnalités républicaines faisant autorité, et qui défendaient un capitalisme conquérant initié par la grande bourgeoisie:
En 1871, Renan, dans La Réforme intellectuelle et morale de la France: « Une race de maîtres et de soldats, c'est la race européenne. Que chacun fasse ce pour quoi il est fait et tout ira bien.  Nous aspirons, non pas à l’égalité, mais à la domination. Le pays de race étrangère devra redevenir un pays de serfs, de journaliers agricoles ou de travailleurs industriels. Il ne s’agit pas de supprimer les inégalités parmi les hommes, mais de les amplifier et d’en faire une loi. »
En 1879, Hugo, lors d’un banquet républicain : « Au dix-neuvième siècle, le blanc a fait du noir un homme; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. Rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra. Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires.»
En 1933, Barthélemy et Duez, dans Traité de droit constitutionnel: « Notre système impérial présuppose l’inégalité des races ». En 1946, Dufrenoy dans Précis de droit colonial: « Ne nous imaginons pas que la privation de liberté ou la chicote [le fouet] tant honnie soient une atteinte insupportable à leur personne [les nègres] morale et physique.» En 1948-1949, Deschamps, à la Faculté de Droit de Paris : « Le système ancien [l’esclavagisme] avait pour lui cet avantage qu’il existait et qu’il entretenait les routes…»
Malgré tout, un courant antiraciste existait bel et bien, qu’on songe à Camille Pelletan, à Clémenceau, en 1885, interpelant et condamnant publiquement les propos de Ferry à la Chambre. En1914, le député Charles Dumas plaide dans le même sens. En 1906, Anatole France proteste publiquement contre la barbarie coloniale. En 1929, le grand journaliste Albert Londres : « L’esclavage en Afrique, n’est aboli que dans les déclarations ministérielles.»
En 1943, Simone Weil, des Forces françaises libres : « La colonisation les réduit à l’état de matière humaine. Les populations des pays occupés ne sont pas autre chose aux yeux des Allemands. Le travail forcé a été extrêmement meurtrier dans l’Afrique noire française, et la méthode des déportations massives y a été pratiquée pour peupler la boucle du Niger ». 
Depuis, est venu le temps de la dissimulation.
Christiane Taubira, vous qui étiez présente à Nantes le 25 mars 2012, pour l’inauguration du mémorial à l’abolition de l’esclavage, initié par le député-maire Jean-Marc Ayrault, aujourd’hui premier ministre, vous avez lu ces lignes gravées, « L’esclavage est rétabli par Napoléon en 1802. Il faut attendre Victor Schœlcher et la deuxième République pour que l’esclavage soit définitivement aboli en France et dans ses colonies le 27 avril 1848 ».
Par contre, nulle part, vous n’avez pu y lire que Jules Ferry a rétabli l’esclavage en 1881, et nulle part non plus, qu’il faut attendre 1946 et la quatrième République pour que Félix Houphouët-Boigny monte à la tribune de l’assemblée nationale et demande d’abolir « cet esclavage déguisé qu'est le travail forcé.» Ainsi les députés dont Aimé Césaire, abolirent le Code de l’Indigénat. Avant l’inauguration, deux  associations, Libérons La Monnaie et Au-delà de la Servitude, avaient alerté les responsables du Mémorial de ces manquements à l’histoire, dans le cadre de réunions, puis par courrier…Bien qu’une réponse écrite n’ait pas contesté cet argumentaire, rien n’y fit, ces rappels restèrent lettre morte.
Autre oubli de taille, dans ce mémorial, pas la moindre mention au Code Noir édicté par Colbert sous Louis XIV.
Christiane Taubira, œuvrez pour que partout soit rétablie la vérité historique. Agissez pour que le discours de Jules Ferry du 28 juillet 1885 soit lu et commenté dans les établissements scolaires, que le Code de l’Indigénat soit connu et étudié, que des expositions relatent avec documents, films et chansons à l'appui comment, par une propagande quotidienne, le racisme a pu cancériser une société pour si longtemps en s’installant dans la banalité du mal.
Christiane Taubira, l’histoire n’est pas un roman national ; le devoir de mémoire ne saurait s’exonérer d’un devoir d’histoire expurgé de toute occultation, de toute affabulation, de tout négationnisme. Que les racines républicaines du racisme soient portées à la connaissance de tous pour qu'enfin, dans les familles, des parents cessent d'instrumentaliser des enfants de douze ans qui, comme à Angers, agitent des bananes en votre présence...Face à cela, condamnations, pétitions et manifestations sont  nécessaires, mais n’auront jamais l’efficacité d’un travail de conscientisation sur le long terme.
Ce racisme d’Etat a été  d’autant plus dévastateur que la troisième république se réclamait des droits de ’homme.
La construction du racisme appelle sa déconstruction.
L’esprit colonisé ne peut se décoloniser que s’il prend conscience du processus de sa colonisation.
Le racisme ce n’est pas naturel, ça s’apprend…et ça se désapprend.
Alain Vidal
Libérons La Monnaie, Nantes le 24/11/13



















lundi 7 octobre 2013

Vers un monde solidaire avec Aimé Césaire




Vers un monde solidaire avec Aimé Césaire


Texte distribué aux spectateurs de la pièce
Aimé Césaire,
parole désenchaînée
salle Vasse à Nantes (3 et 4 octobre) 
 
Pour le centenaire de la naissance d'Aimé Césaire, ce spectacle met en lumière le combat du père de la négritude et révèle la portée historique et politique de ses écrits.
Huit ans après la mort d’Hitler, Aimé Césaire déclare :
«  La société capitaliste, à son stade actuel, est incapable de fonder un droit des gens, comme elle s'avère impuissante à fonder une morale individuelle. 
Au bout de l'humanisme formel et du renoncement philosophique, il y a Hitler.»
Aujourd’hui encore, au bout de l’humanisme de façade des démocraties formelles du Nord, il y a les états policiers du Sud où cohabitent l’esclavage et le salariat. 
 
L’œuvre de Césaire est d’une brûlante actualité, quand on sait qu’aujourd’hui encore, le capitalisme se survit à lui-même dans l’articulation de ces deux servitudes.
Ainsi, grâce aux énormes profits réalisés sur les populations du Sud, le patronat accorde aux salariés du Nord des droits sociaux-économiques maintenant une « paix sociale » qui est encore sécurisante pour les familles des multimillionnaires planétaires qui résident à Londres, Paris, New-York, Berlin…
L’interaction des deux servitudes plongent ses racines dans l’histoire…N’oublions jamais que la restauration de l’esclavage, à la Renaissance, n’a été possible que par un endettement bancaire illégitime expropriant une foule de petits producteurs indépendants.
Devenus salariés par nécessité, certains se retrouvèrent matelots, sur des bateaux-négriers.
Sans ces équipages de dépossédés de la terre, jamais la bourgeoisie négrière n’aurait pris son essor, et jamais Césaire n’aurait cru bon d’écrire Cahier du retour au pays natal.
Cette pièce est une invitation à ce que, tous statuts confondus, nous participions au dépassement de ce système fondé sur l’enrichissement des uns par l’appauvrissement des autres.
Que nous participions au dépassement du luxe, cette esthétique de la domination, pour qu’advienne une esthétique de la vie libérée du profit.
« Ton cri, Aimé, se fera éveilleur de consciences, bousculeur de façons de penser, empreintes d’irresponsabilité, installées, enfouies au plus profond de nous-mêmes et que nous portons comme autant de façon de mourir  car il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée au coin de sa ferveur. »
« Pour que l’universel accouche d’une aire fraternelle de tous les souffles du monde, lit sans drain de toutes les eaux du monde, chair de la chair du monde, palpitant du mouvement même du monde. 
     Les extraits de textes d’Aimé Césaire de la pièce ont été puisés :
-dans sa poésie, Cahier du retour au pays natal, Noria, Ferrements, Corps perdu, Cadastre, Armes miraculeuses,
-dans son théâtre, Et les chiens se taisaient, une saison au Congo,
-dans son Discours sur le colonialisme,
-dans une lettre adressée à Maurice Thorez.
Pour la commémoration du 10 Mai, trois associations initient des projets œuvrant à une société où le travail non marchandisé nous fera émancipés.
La condition en est l’abolition combinée du salariat et de l’esclavage seule capable de briser la mécanique impitoyable du profit.
Au-delà de la Servitude
Libérons La Monnaie
La Fabrique des Gestes
CoopérativeAssociative Arc-En-Ciel Théâtre,








lundi 30 septembre 2013

théâtre: Aimé Césaire, parole désenchaînée


Spectacle polymorphe: théâtre, danse, musique, vidéo

Aimé Césaire,
parole désenchaînée
Jeudi 3, vendredi 4 octobre
20 h 30
autre séance: jeudi après-midi 3 octobre
14 h

Salle Vasse, 18 rue Colbert, Nantes

      Pour le centenaire de la naissance d'Aimé Césaire, ce spectacle met en lumière le combat du père de la négritude et révèle la portée historique et politique de ses écrits.
     Intimement imbriqués, poésie, théâtre, discours, essais, nous montrent un Aimé Césaire qui ouvre la voie à un monde solidaire.
Textes : Aimé Césaire. Dramaturgie : Annie Mothes.
Mise en scène : Alessandro Maria Torboli
Avec Billie Bird, Mickaël Freslon, Arnaud Ménard, Esther Suel
plein tarif : 9€                 tarif réduit : 6 €                          classes: 4€
     La réservation est obligatoire. Les places préparées à votre nom vous attendront à la Salle Vasse, le jour choisi. Si vous le souhaitez, vous pouvez régler à l’avance, le travail de billetterie et l’accès à la salle en seront facilités. Faire le chèque à l’ordre de l’association Au-delà de la Servitude et l’envoyer, 5, avenue Louis Vasseur 44 000 Nantes
Réservation: annie.mothes@yahoo.fr    02 40 89 32 03
Trois associations dans le cadre de la commémoration du 10 Mai
Au delà de la Servitude    La Fabrique des Gestes    Libérons La Monnaie
Merci de diffuser autour de vous

Voir l'article, Au bout du capitalisme, il y a Hitler:
http://liberonslamonnaie.blogspot.fr/2013/03/cesaire-au-bout-du-capitalisme-il-y.html