Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Rousseau. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rousseau. Afficher tous les articles

dimanche 15 mars 2026

 










Dictionnaire Le Robert: le luxe, dépense excessive


Emilie Roffidal, chercheuse au CNRS :

« [Au 18ème siècle] les ouvrages, les revues littéraires, mais également les concours académiques placent le luxe au centre de leurs préoccupations et témoignent de l’existence d’un répertoire commun de références et de citations extraites, voire expurgées, des grands philosophes des Lumières ». 

Dans le Dictionnaire de philosophie, Voltaire à propos de Rousseau :

« Si l'on entend par luxe tout ce qui est au-delà du nécessaire, le luxe est une suite naturelle des progrès de l'espèce humaine ; et, pour raisonner conséquemment, tout ennemi du luxe doit croire avec Rousseau que l'état de bonheur et de vertu pour l'homme est celui, non de sauvage, mais d'orang-outang ».  


Perruques enfarinées, paysans affamés 

 Contrairement à aujourd’hui, la querelle autour du bienfondé du luxe faisait rage, à un point tel que Voltaire avait été jusqu’à demander la peine capitale pour Rousseau qui, prenant la défense du peuple, parlait de perruques enfarinées et de paysans affamés :

« Il faut de la poudre à nos perruques ; voilà pourquoi tant de pauvres n'ont point de pain […] si le luxe nourrit cent pauvres dans nos villes, et en fait périr cent mille dans nos campagnes […] Le luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres : mais, s'il n'y avait point de luxe, il n'y aurait point de pauvres. »

Pastichant Rousseau, on pourrait dire : Le luxe peut être nécessaire pour créer des emplois, mais, s’il n’y avait pas d’emplois, il n’y aurait point d’enrichis, point d’appauvris. Il y aurait abondance de métiers pour servir le bien commun, mais pas d’emplois, forçant un peuple à satisfaire des désirs somptuaires.


En 1782, Sébastien Lemercier estime qu'au moins "dix mille infortunés" auraient pu être nourris tous les jours avec toutes ces quantités de farine destinées aux perruques. Il dénonce dans son « Tableau de Paris », « l’homme de luxe ». Il appelle à le faire comparaître « au tribunal de l’humanité ». 

En France, la comtesse de Matignon payait à son coiffeur Baulard, 24.000 livres par an, pour lui faire un nouveau dessin de perruque, chaque jour de la semaine. Malgré les famines, on continua de saupoudrer les perruques, de farine.


Montesquieu dans « L’esprit des lois »:

 « Le luxe est toujours en proportion avec l’inégalité des fortunes. Si, dans un état, les richesses sont également partagées, il n’y aura point de luxe ; car il n’est fondé que sur les commodités, qu’on se donne par le travail des autres.

 Pour que les richesses restent également partagées, il faut que la loi ne donne à chacun, que le nécessaire physique. Si l’on a au-delà, les uns dépenseront, les autres acquerront, et l’inégalité s’établira […], moins il y a de luxe dans une République, plus elle est parfaite. Les lois du nouveau partage des champs, demandées avec tant d’instance dans quelques Républiques, étaient salutaires par leur nature […] ».


D’un côté, Voltaire, dans l’apologie du « superflu, chose si nécessaire", de l’autre, Rousseau dénonçant :

 "Le luxe [qui] corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'Etat, tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion […] Le luxe est diamétralement opposé aux bonnes mœurs"

Yves Vargas, philosophe, spécialiste de Rousseau :

« Les riches consomment par désir ce que les pauvres fabriquent par besoin » 

Au 18ème siècle, les tenants du capitalisme ne mâchaient pas leurs mots, ils parlaient de la société de luxe. Voltaire comme Mandeville défendaient l’industrie du luxe sans laquelle, nul n’aurait d’emploi. 

Que chacun reste à sa place et les privilèges seront garantis !

A l’inverse, pour l’économiste David Ricardo, salaires et profits s’opposent. 

Michel de Montaigne, dans les Essais :

« Il ne se fait aucun profit qu’au dommage d’autrui » :

Personne ne doit s’enrichir au détriment d’autrui :

Mandeville et Voltaire disaient vrai, pour qu’une minorité vive dans le luxe, le peuple doit travailler. Leur modèle : Athènes, 30 000 citoyens se livrant au plaisir de vivre dans le confort matériel et culturel, aux dépens de 270 000 esclaves, femmes et métèques, sans aucun droit. 

Excepté Rousseau, les philosophes des Lumières défendent « une théorie juste pour un monde injuste ».  

L’amour propre cherche à tout prix, l’admiration des autres, quoiqu’il en coûte aux ouvriers, aux paysans, qui directement ou indirectement travailleront la plus grande partie de leur vie gratuitement pour les privilégiés. 

Voltaire n’avait que mépris pour le peuple, « des gueux ignorants », quant à Rousseau, il se rangeait délibérément à leurs côtés :

« Qu'on ajoute à tout cela, cette quantité de métiers malsains qui abrègent les jours ou détruisent le tempérament ; tels que sont les travaux des mines, les diverses préparations des métaux, des minéraux, surtout du plomb, d



u cuivre, du mercure, du cobalt, de l'arsenic, du réalgar ; ces autres métiers périlleux qui coûtent tous les jours la vie à quantité d'ouvriers, les uns couvreurs, d'autres charpentiers, d'autres maçons, d'autres travaillant aux carrières ; qu'on réunisse, dis-je, tous ces objets, et l'on pourra voir dans l'établissement et la perfection des sociétés, les raisons de la diminution de l'espèce, observée par plus d'un philosophe.

Le luxe, impossible à prévenir chez des hommes avides de leurs propres commodités et de la considération des autres, achève bientôt le mal que les sociétés ont commencé […] Le luxe est un remède beaucoup pire que le mal qu'il prétend guérir ; ou plutôt, il est lui-même le pire de tous les maux, […] [ le luxe], pour nourrir des foules de valets et de misérables qu'il a faits, accable et ruine le laboureur et le citoyen. Semblable à ces vents brûlants du midi qui, couvrant l'herbe et la verdure d'insectes dévorants, ôtent la subsistance aux animaux utiles et portent la disette et la mort dans tous les lieux où ils se font sentir […]

 Le cultivateur, méprisé, chargé d'impôts nécessaires à l'entretien du luxe et condamné à passer sa vie entre le travail et la faim, abandonne ses champs, pour aller chercher dans les villes le pain qu'il y devrait porter. 

Plus les capitales frappent d'admiration, les yeux stupides du peuple, plus il faudrait gémir de voir les campagnes abandonnées, les terres en friche, et les grands chemins, inondés de malheureux citoyens devenus mendiants ou voleurs et destinés à finir un jour leur misère sur la roue ou sur un fumier ». 

 

L’économie du désir aux dépens des besoins du peuple. Si les besoins du corps ont une limite, l’imagination n’en a pas.

L’estomac de l’enrichi rassasié de nourriture doit se reposer. Par contre, le désir obsessionnel, relevant de l’immatériel, par essence illimité, ne connaît aucune contrainte. 

L’ennui, c’est que la satisfaction de ce désir d’ordre immatériel exige une accumulation sans fin de biens matériels, en contradiction avec les ressources de la terre qui par nature, sont non renouvelables dans l’immédiat. Ressources limitées qu’il nous faudrait économiser au nom des générations à venir.

Pour Mandeville, ce qui fait la grandeur d’une nation, c’est la formidable capacité des enrichis à vouloir s’enrichir toujours plus, entraînés dans une course sans fin, dans le dépassement de celui qui précède. 

Le marché capitaliste pour Rousseau repose avant tout sur l’imaginaire. D’ailleurs, dans sa Lettre aux Polonais, le philosophe conseille ironiquement, aux habitants de la Pologne que s’ils veulent être reconnus en Europe, ils doivent développer le commerce et le luxe !

vendredi 29 décembre 2023


Voltaire, Rousseau
La querelle du luxe

par Alain Vidal



 

Dictionnaire Le Robert, le luxe:

"mode de vie caractérisé par de grandes dépenses consacrées au superflu"


Emilie Roffidal, chercheuse au CNRS :

« [Au 18ème siècle] les ouvrages, les revues littéraires, mais également les concours académiques placent le luxe au centre de leurs préoccupations et témoignent de l’existence d’un répertoire commun de références et de citations extraites, voire expurgées, des grands philosophes des Lumières ». 

Dans le Dictionnaire de philosophie, Voltaire à propos de Rousseau :

« Si l'on entend par luxe tout ce qui est au-delà du nécessaire, le luxe est une suite naturelle des progrès de l'espèce humaine ; et, pour raisonner conséquemment, tout ennemi du luxe doit croire avec Rousseau que l'état de bonheur et de vertu pour l'homme est celui, non de sauvage, mais d'orang-outang ».  

Perruques enfarinées, paysans affamés 

 Contrairement à aujourd’hui, la querelle autour du bienfondé du luxe faisait rage, à un point tel que Voltaire avait été jusqu’à demander la peine capitale pour Rousseau qui, prenant la défense du peuple, parlait de perruques enfarinées et de paysans affamés :

« Il faut de la poudre à nos perruques ; voilà pourquoi tant de pauvres n'ont point de pain […] si le luxe nourrit cent pauvres dans nos villes, et en fait périr cent mille dans nos campagnes […] Le luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres : mais, s'il n'y avait point de luxe, il n'y aurait point de pauvres. »

Pastichant Rousseau, on pourrait dire : Le luxe peut être nécessaire pour créer des emplois, mais, s’il n’y avait pas d’emplois, il n’y aurait point d’enrichis, point d’appauvris. Il y aurait abondance de métiers pour servir le bien commun, mais pas d’emplois, forçant un peuple à satisfaire des désirs somptuaires.


En 1782, Sébastien Lemercier estime qu'au moins "dix mille infortunés" auraient pu être nourris tous les jours avec toutes ces quantités de farine destinées aux perruques. Il dénonce dans son « Tableau de Paris », « l’homme de luxe ». Il appelle à le faire comparaître « au tribunal de l’humanité ». 

En France, la comtesse de Matignon payait à son coiffeur Baulard, 24.000 livres par an, pour lui faire un nouveau dessin de perruque, chaque jour de la semaine. Malgré les famines, on continua de saupoudrer les perruques, de farine.


Montesquieu dans « L’esprit des lois »:

 « Le luxe est toujours en proportion avec l’inégalité des fortunes. Si, dans un état, les richesses sont également partagées, il n’y aura point de luxe ; car il n’est fondé que sur les commodités, qu’on se donne par le travail des autres.

 Pour que les richesses restent également partagées, il faut que la loi ne donne à chacun, que le nécessaire physique. Si l’on a au-delà, les uns dépenseront, les autres acquerront, et l’inégalité s’établira […], moins il y a de luxe dans une République, plus elle est parfaite. Les lois du nouveau partage des champs, demandées avec tant d’instance dans quelques Républiques, étaient salutaires par leur nature […] ».

D’un côté, Voltaire, dans l’apologie du « superflu, chose si nécessaire", de l’autre, Rousseau dénonçant :

 "Le luxe [qui] corrompt à la fois le riche et le pauvre, l'un par la possession l'autre par la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l'Etat, tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l'opinion […] Le luxe est diamétralement opposé aux bonnes mœurs"

Yves Vargas, philosophe, spécialiste de Rousseau :

« Les riches consomment par désir ce que les pauvres fabriquent par besoin » 

Au 18ème siècle, les tenants du capitalisme ne mâchaient pas leurs mots, ils parlaient de la société de luxe. Voltaire comme Mandeville défendaient l’industrie du luxe sans laquelle, nul n’aurait d’emploi. 

Que chacun reste à sa place et les privilèges seront garantis !

A l’inverse, pour l’économiste David Ricardo, salaires et profits s’opposent. 


Michel de Montaigne, dans les Essais :



« Il ne se fait aucun profit qu’au dommage d’autrui » 

Personne ne doit s’enrichir au détriment d’autrui :

Mandeville et Voltaire disaient vrai, pour qu’une minorité vive dans le luxe, le peuple doit travailler. Leur modèle : Athènes, 30 000 citoyens se livrant au plaisir de vivre dans le confort matériel et culturel, aux dépens de 270 000 esclaves, femmes et métèques, sans aucun droit. 

Excepté Rousseau, les philosophes des Lumières défendent « une théorie juste pour un monde injuste ».  

L’amour propre cherche à tout prix, l’admiration des autres, quoiqu’il en coûte aux ouvriers, aux paysans, qui directement ou indirectement travailleront la plus grande partie de leur vie gratuitement pour les privilégiés. 

Voltaire n’avait que mépris pour le peuple, « des gueux ignorants », quant à Rousseau, il se rangeait délibérément à leurs côtés :

« Qu'on ajoute à tout cela, cette quantité de métiers malsains qui abrègent les jours ou détruisent le tempérament ; tels que sont les travaux des mines, les diverses préparations des métaux, des minéraux, surtout du plomb, du cuivre, du mercure, du cobalt, de l'arsenic, du réalgar ; ces autres métiers périlleux qui coûtent tous les jours la vie à quantité d'ouvriers, les uns couvreurs, d'autres charpentiers, d'autres maçons, d'autres travaillant aux carrières ; qu'on réunisse, dis-je, tous ces objets, et l'on pourra voir dans l'établissement et la perfection des sociétés, les raisons de la diminution de l'espèce, observée par plus d'un philosophe.

Le luxe, impossible à prévenir chez des hommes avides de leurs propres commodités et de la considération des autres, achève bientôt le mal que les sociétés ont commencé […] Le luxe est un remède beaucoup pire que le mal qu'il prétend guérir ; ou plutôt, il est lui-même le pire de tous les maux, […] [ le luxe], pour nourrir des foules de valets et de misérables qu'il a faits, accable et ruine le laboureur et le citoyen. Semblable à ces vents brûlants du midi qui, couvrant l'herbe et la verdure d'insectes dévorants, ôtent la subsistance aux animaux utiles et portent la disette et la mort dans tous les lieux où ils se font sentir […]

 Le cultivateur, méprisé, chargé d'impôts nécessaires à l'entretien du luxe et condamné à passer sa vie entre le travail et la faim, abandonne ses champs, pour aller chercher dans les villes le pain qu'il y devrait porter. 

Plus les capitales frappent d'admiration, les yeux stupides du peuple, plus il faudrait gémir de voir les campagnes abandonnées, les terres en friche, et les grands chemins, inondés de malheureux citoyens devenus mendiants ou voleurs et destinés à finir un jour leur misère sur la roue ou sur un fumier ». 

 

L’économie du désir aux dépens des besoins du peuple.

Si les besoins du corps ont une limite, l’imagination n’en a pas.

L’estomac de l’enrichi rassasié de nourriture doit se reposer. Par contre, le désir obsessionnel, relevant de l’immatériel, par essence illimité, ne connaît aucune contrainte. 

L’ennui, c’est que la satisfaction de ce désir d’ordre immatériel exige une accumulation sans fin de biens matériels, en contradiction avec les ressources de la terre qui par nature, sont non renouvelables dans l’immédiat. Ressources limitées qu’il nous faudrait économiser au nom des générations à venir.

Pour Mandeville, ce qui fait la grandeur d’une nation, c’est la formidable capacité des enrichis à vouloir s’enrichir toujours plus, entraînés dans une course sans fin, dans le dépassement de celui qui précède. 

Le marché capitaliste pour Rousseau repose avant tout sur l’imaginaire. D’ailleurs, dans sa Lettre aux Polonais, le philosophe conseille ironiquement, aux habitants de la Pologne que s’ils veulent être reconnus en Europe, ils doivent développer le commerce et le luxe !


cliquer sur le lien:

 tous les articles

samedi 3 septembre 2022

La lutte contre l’Etat des sociétés sans Etat


par Alain Vidal

 

La question de la servitude volontaire est important en philosophie politique, un parallèle a été effectué entre l’œuvre de La Boétie et celle de Rousseau.

Pour Pierre Clastres, La Boétie est « en réalité le fondateur méconnu de l’anthropologie de l’homme moderne, de l’homme des sociétés divisées […] Ce que La Boétie ne connaissait pas, nous autres [les anthropologues] pouvons en acquérir un savoir empirique, issu non plus de déduction logique, mais d’observation directe ».

La principale thèse de Pierre Clastres est que les sociétés primitives ne sont pas des sociétés qui n’auraient pas encore découvert le pouvoir et l’État, mais au contraire des sociétés construites pour éviter que l’État n’apparaisse. De les nommer, « Sociétés sans Etats », leur donne une connotation négative, les considérant comme inférieures aux sociétés civilisées, étatisées. A tout moment, quand le chef commence à dévier de son mandat, qui est de se mettre au service de tous, il peut être remis en question, se faire évincer, voire éliminé…

Dans son œuvre maîtresse,  La Société contre l’État, Pierre Clastres :

« L’histoire des peuples sans histoire, c’est l’histoire de leur lutte contre l’Etat. »

.

Il place d’emblée son œuvre dans le sillage du Discours de la servitude volontaire de La Boétie, dont il se réclame. La Boétie « s’intéresse au fonctionnement des machines sociales » dit-il. 

Pierre Clastres a effectué de nombreux travaux de terrain. Chez les Indiens Guayaki au Paraguay, chez les Chulupi,  chez les Yanomami,  chez les Guarani du Brésil.

Il expulse l’État de la place centrale qu’il occupait alors, dans l’anthropologie politique, pour recentrer la problématique de son apparition autour de la notion de pouvoir contraignant.

 La connaissance de cette notion de pouvoir serait spécifique à toute société, ce qui expliquerait cette tendance naturelle de l’homme à préserver son autonomie vis-à-vis de celui-ci. Les sociétés premières empêchent activement l’expansion d’un pouvoir, compris comme despotique et autoritaire.  

Pierre Clastres :                                                                                                 

« C’est l’Etat lui-même qui introduit la division, qui en est le moteur et le fondement ». A la racine de cette division, « L’inégalité ignorée des sociétés primitives, celle qui divise le corps social en dominants et dominés ».

 « La société où le peuple veut servir le tyran est historique, […] elle n’est pas éternelle et n’a pas toujours existé, […] elle a une date de naissance […] quelque chose a dû nécessairement se passer, pour que les hommes tombent de la liberté dans la servitude ».

« Malencontre : accident tragique, malchance inaugurale dont les effets ne cessent de s’amplifier au point que s’abolit la mémoire de l’avant, au point que l’amour de la servitude s’est substitué au désir de liberté.

La « naissance de l’Etat », une « rupture fatale », qui annonce la « chute de la société dans la soumission volontaire de presque tous à un seul ».

« le brutal malencontre qui fait s’effondrer l’avant de la liberté dans l’après de la soumission ».

Toute société divisée est habitée d’un Mal absolu.

Les sociétés primitives ignorent l’Etat parce qu’elles n’en veulent pas. Les Sauvages ne veulent pas de ça. Pour que les relations entre hommes se maintiennent comme relations de liberté entre égaux, il faut empêcher l’inégalité. »

La théorie du « tyran » s’applique à tous les gouvernants, depuis l’aube de l’Antiquité jusqu’aux sociétés capitalistes … L’alliance de la noblesse d’Etat et du grand patronat anesthésie le peuple par un excès de spectacles, de divertissements, de « drogueries » comme dit La Boétie.

Il y a dans le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, des intuitions très fécondes, qui ont probablement eu une influence sur les théories de Marx…et quantités de chercheurs en sciences sociales.

Les drogueries qu’évoque l'ami de Montaigne, nous submergent aujourd’hui. Le système capitaliste est très équipé. Il comble les consommateurs par un excès de plaisirs, de divertissements et de reconnaissances artificielles qui alimentent la « lutte des places ». Cette lutte n'est pas collective, elle est individuelle visant à obtenir une place plus avantageuse en dehors de  toute pensée globale débouchant sur le dépassement de l'économie de marché.

En développant la société de consommation, le système capitaliste fonctionne comme le plus gros dealer de l’Histoire :

« Pour asservir les travailleurs, le système capitaliste s’appuie sur une hiérarchie de gestionnaires, de managers et de contre-maîtres ».

 La Boétie n’est pas sans rappeler, les théories psychologiques de « soumission librement consentie »,  très étudiées en communication, en vente, en politique… 500 ans plus tard, la richesse de cette analyse explique que le Discours soit aujourd’hui tant repris et commenté.Haut du formulaireBas du formulaire

Il y a là le refus, de la part des dominants, de toute société progressant dans la mise en pratique de l’intelligence collective. Le refus d’un bien-être bénéficiant à chacun au nom de la préservation des privilèges attachés à une caste.



TOUS LES ARTICLES DU BLOG,  LIEN CI-DESSOUS :

tous les articles



jeudi 20 août 2020

tous les articles







2020 (2)
·       juin (1)

·       novembre (1)
2018 (3)
·       février (2)
2017 (3)
·       mai (1)

2016 (8)
·     ▼  décembre (1)
juin (1)
mai (1)
mars (1)

2015 (15)
·     ▼  octobre (1)
mai (1)
mars (2)

2014 (9)
·     ▼  septembre (1)
            mai (2)
mars (1)

2013 (35)
·     ▼  décembre (1)
juin (4)
mai (4)

2012 (109)
·     ▼  décembre (2)
·      mai (17)
mars (15)
·     Prix "hors taxe"?
·     écrivez nous
·     Monnaies locales


2010 (2)
·     ▼  décembre (1)
·     ▼  mars (1)

2009 (2)
·     ▼  mars (1)

·     ▼  novembre (1)
·     Appel du 10 Mai

·     ▼  décembre (1)